Gaspard s'assit, toussa, se tira la barbe, puis reprit d'un air embarrassé:

—Cousine, j'ai d'abord à vous faire des excuses au sujet de certaines paroles un peu vives qui ont pu m'échapper… Je suis parfois un peu… brusque, je le reconnais, mais au fond je suis bon diable, et si j'ai la tête près du bonnet, j'ai aussi le cœur sur la main.

Gertrude l'écoutait, et attendait d'un air impassible la conclusion de son discours. En présence de cette attitude silencieuse, l'embarras du farouche chasseur redoublait.

—Tenez, reprit-il tout à coup, je vais vous parler franchement et sans barguigner, car je ne sais pas tourner de compliments, et je vais droit au but. J'ignore ce que peut contenir le grimoire qu'on va nous lire tout à l'heure, et je m'en soucie comme d'un fétu…. Aussi, avant qu'on ne puisse dire que j'ai agi par intérêt, je viens vous faire sérieusement une proposition.

Gertrude le regardait d'un air étonné. Gaspard se leva, et rajustant les revers de sa veste:

—Cousine Gertrude, j'ai trente-neuf ans, j'ai bon pied, bon œil, et je ne suis pas trop dévasté, que vous en semble?

—Vous paraissez en effet très bien portant, répondit-elle en réprimant à grand'peine une envie de rire; mais…

—Eh bien, cousine, sans tant de cérémonie, si vous me croyez assez bon pour faire un mari, je me crois de mine et de force à vous rendre heureuse, et je viens tout carrément vous demander votre main.

Elle eut d'abord un mouvement de stupeur; puis un léger sourire courut sur ses lèvres. Enfin elle retrouva tout son sang-froid, et levant ses grands yeux limpides vers Gaspard, qui attendait sa réponse en se mordant les moustaches:

—Merci, mon cousin,… mais j'ai résolu de rester fille.