— Laissez-moi, madame, dit-il avec empressement, vous offrir mon bras jusqu’au bas de l’escalier.

Un coup d’œil étonné de la veuve l’arrêta net et lui fit comprendre que sa proposition avait été jugée indiscrète.

— Ne vous dérangez pas, répondit-elle en reprenant sa voix sévère ; j’ai déjà trop abusé de votre temps.

Elle inclina la tête avec une dignité un peu froide et gagna le couloir, tandis que, debout sur le seuil, il regardait la svelte forme noire s’éloigner dans la pénombre ; elle avait légèrement relevé sa jupe, et l’on distinguait, sous la blancheur des volants soutachés de noir, les hauts talons de deux petits pieds battant d’un son mat les marches de chêne ; puis l’élégante vision s’évanouit au tournant de l’escalier.

III

— Monsieur le curé, dit Mme Lebreton, Pierre va vous offrir un peu de cette mousse au chocolat… C’est le triomphe de ma cuisinière.

— Merci, madame, je n’en prendrai pas.

— Par esprit de mortification ! s’écria le percepteur avec un rire bruyant ; M. le curé ne se permet pas les douceurs.

— C’est mon estomac qui ne me les permet pas, riposta l’abbé Cartier, mais je ne les interdis point à mes paroissiens… Pierre, ajouta-t-il avec un malin sourire, servez-donc M. le percepteur !

— Non, impossible ! je suis complet ! s’exclama ce dernier en retournant brusquement son assiette vide sur la nappe.