La Comtesse, souriant.—Peste! j'en suis aussi! (A Morawiski.) Ecoutez donc, mon cher palatin, vous avez bien fait de dire enfin quelque chose, car je vous croyais en léthargie.

Morawiski.—Daignez m'excuser, mais de si grands et de si chers intérêts viennent quelquefois me distraire de ce qui m'attache le plus, que je fais alors la sottise d'envoyer mon âme en Pologne, tandis que ma personne matérielle demeure où l'on me voit.

La Comtesse.—A la bonne heure, mais comme votre langue en fait partie, et qu'elle doit savoir dire de jolies choses, gardez-la-nous, s'il vous plaît.

La Marquise.—Pendant que nous nous amusons de balivernes, le temps se passe. (Elle regarde à sa montre.) Plus de cinq heures! et j'ai je ne sais combien de petites choses à faire avant de partir! (Au comte.) Y pensez-vous donc, méchant homme, de nous avoir ainsi mises en retard avec votre scandaleuse gazette!

Elle se lève et va s'occuper des petits soins qu'elle vient d'annoncer. La comtesse et les deux cavaliers vont, en attendant, prendre l'air sur une terrasse. Bientôt après on monte dans un carrosse à six chevaux et l'on vole au rendez-vous du pique-nique.

LES APHRODITES

OU
FRAGMENTS THALIPRIAPIQUES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DU PLAISIR

Cet ouvrage est brodé par Nerciat sur les aventures probables des membres d'une société secrète d'Amour qui exista réellement.

La lettre connue adressée à M. de Schonen par le marquis de Château-Giron donne un détail précis sur cette compagnie. Cette lettre accompagnait l'envoi d'un exemplaire de l'Alcibiade fanciullo de Ferrante Pallavicini: «J'y joins, disait le marquis de Château-Giron, les Aphrodites dont je vous ai parlé; cet ouvrage du chevalier de Nerciat est presqu'inconnu à Paris, ayant été supprimé à l'étranger pendant la Révolution. Il est assez remarquable, comme historique, car il peint, dit-on, au naturel une société qui s'est formée aux environs de Paris, du côté de la vallée de Montmorency, et dont un certain marquis de Persan était président. Cette association, à laquelle chacun des initiés concourait dans une proportion convenue, n'avait d'autre but que le libertinage.»

Nerciat donne aussi des renseignements historiques sur la société dans un préambule nécessaire qu'on lira plus loin.