La Marquise.—Fi! la description seule me fait mal au cœur!

Philippine.—Bref, je les ai détournés de leur projet… mais il m'en a coûté bon.

La Marquise.—Comment cela, ma bonne amie?

Philippine.—M. le marquis disait, en jurant, qu'il ne coucherait pas seul. Son ami disait, à son tour, qu'il ne se sentait pas le courage de s'en retourner à l'autre extrémité de Paris.

La Marquise.—Ah! Ah! ces messieurs m'auraient apparemment fait la galanterie de coucher tous les deux avec moi?

Philippine.—C'est, je crois, ce dont vous étiez menacée. M. le Marquis sait à quel point son cher vicomte est sans conséquence. D'ailleurs, ivre comme il l'était, il n'aurait pu s'opposer à rien. Vous les auriez eus probablement à vos côtés ou bien vous auriez été forcée de leur céder la place.

La Marquise.—C'est ce qui ne serait pas arrivé! Une femme comme moi se déplacer pour deux ivrognes? Mon lit est énorme: on se serait arrangé comme on aurait pu; mais enfin un autre y était… Après?

Philippine.—Si bien donc, madame, que ne pouvant pénétrer chez vous, M. le marquis a dit à M. le vicomte: «Prenons notre parti, mon cher, et couchons tous deux avec Philippine». M. de Molengin aussitôt de se jeter au cou de Monsieur, qui lui a presque vomi sur la face.

La Marquise.—Cette scène de tendresse est touchante en vérité!

Philippine.—Quant à moi, je me trouve alors dans un tel embarras, vous m'aviez ordonné d'entrer chez vous à cinq heures précises afin de conduire votre heureux coucheur, il n'était que trois heures et quelques minutes: Si je vais avec ces messieurs, me disais-je à moi-même, je peux manquer l'heure; ils ne seront plus ivres, ils me retiendront, ou me suivront.