Javotte, ou la Jolie Vielleuse parvenue, Manuscrit trouvé au bois de Boulogne, chez Lagrange, rue Geoffrois-Lasnier, no 6250, an VIII; in-12 de 140 pp., fig. gravée par Bonivet, d'après Chaillou, demi v. f., non rogné. (Élég. rel. de Hardy.)
Voici encore un de ces petits romans érotiques du Directoire, que les bibliographes n'ont pas sauvé du naufrage de tant de livres aujourd'hui disparus. Celui-ci n'est pas même mentionné dans les Bibliographies romancières de Marc et de Pigoreau. On peut donc annoncer, avant tout et à coup sûr, qu'il est fort rare, nous l'avons lu avec plaisir et nous lui délivrons volontiers une lettre de marque, pour qu'il fasse son chemin à travers l'océan des livres et qu'il s'empare, en vrai pirate, des sympathies de l'amateur qui veut être amusé et égayé, sans faire mine de se scandaliser. Nous ignorons quel est l'auteur de ces histoires gaillardes plutôt que galantes. Ce devait être un comédien, car il parle ex professo de la condition des troupes en province. Le titre de l'ouvrage se rapporte seulement à la première anecdote que raconte une belle aventurière nommée Donamour, laquelle habitait, avec son amant le chevalier de S***, un délicieux château situé sur les bords de la Seine. Ce chevalier de S*** ne serait-il pas le fameux marquis de Sade? On pourrait le croire en voyant paraître le comte de N*** (Nerciat), envoyé de Naples, parmi les héros de l'aventure. Ce comte, auteur de tant de mauvais livres, admire un tableau du célèbre B*** (Boucher), représentant Léda et le cygne, et il déclare «qu'on ne pouvait regarder sans jalousie le divin cygne qui la possédait.—Les louanges que vous donnez au pinceau, reprit le peintre, ne sont dues qu'au modèle: ce tableau est d'après une jeune fille qui vient ici tous les jours pour un écu». Cette jeune fille était une petite Savoyarde, qui se fit connaître à Paris en jouant de la vielle et en montrant sa marmotte, avant de faire fortune. Une chanson courut alors, qui se chantait avec accompagnement de guitare et dont le refrain était:
Donnez quelque chose à Javotte
Pour sa marmotte en vie!
Il y a des scènes très plaisantes dans ce roman; une d'elles est reproduite avec beaucoup d'esprit dans le dessin de Chaillou, qui avait dans ce temps-là le monopole des vignettes pour l'ornement des nouveautés qu'on vendait aux étalages des galeries du Palais-Royal, entre Justine et Le Portier des Chartreux.
P. L.
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J'ai trouvé des renseignements touchant le lieu où fut imprimée la bonne édition de Félicia (Londres, 1778), dont Nerciat donna un exemplaire à la bibliothèque de Cassel et dont il dit dans l'Extrait qui ouvre le roman de Monrose:
«La moins mauvaise édition est celle en deux volumes, chacun de deux parties et divisées en chapitres, qui est sortie en 1778 d'une presse d'Allemagne.
«On la reconnaît au titre gravé et placé dans un ovale de feuillage.»
Allemagne signifie ici Liège, qui était alors dans les Pays-Bas autrichiens, où Nerciat avait été fort bien accueilli par le prince de Ligne, et l'ouvrage fut imprimé très probablement aux dépens de l'imprimeur-libraire F.-J. Desoer, C'est sans doute dans la même officine liégeoise que furent imprimés les Contes Nouveaux (1777), la 1re édition (1792) de Monrose, la 1re édition (1798) des Aphrodites et des Contes saugrenus… (1799).
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A propos de ce dernier ouvrage, j'ai réformé les erreurs où j'étais à son endroit. Je n'ai pas vu l'édition originale de cet ouvrage. Elle est ornée de six eaux-fortes et elle est fort rare. Je donne plus loin la description de la réimpression que j'ai lue et, aucun doute, le style est de Nerciat. L'éditeur Dur..ge qui fit faire la réimpression possédait un exemplaire de l'édition originale qu'il vendit après la réimpression. Il ne faut pas confondre ces contes de Nerciat avec un ouvrage paru antérieurement: Contes saugrenus. Bussora. M. D. C. C. LXXXIX. Il y en aurait deux éditions (1787 et 1789). J'en ai vu un exemplaire de l'édition 1789 et une réimpression du XIXe siècle. Ce livre n'a rien à voir avec l'ouvrage de Nerciat, qui, au demeurant, parut plus de dix années après. Ces contes, au nombre de neuf, ont été attribués à Sylvain Maréchal, auquel le chevalier de Nerciat aurait pris un titre. Au demeurant, il n'y a peut-être là qu'une coïncidence. Nerciat pouvait ignorer qu'il y eût des Contes saugrenus antérieurs aux siens. Les Contes saugrenus de Nerciat ont été réimprimés sous l'intitulé suivant:
Andréa de Nerciat, Contes polissons (Contes saugrenus). Ouvrage orné de 6 jolies illustrations (Paris 1891), réimpression conforme comme texte et gravures à l'édition originale de 1799.
Gr. in-4o carré tiré à 300 exemplaires, 88 pages et 6 illustrations hors texte, en couleurs, d'après celles de l'édition originale, couverture rouge imprimée.