Captivité d'Osbert et d'Alleyn.—Projet de vengeance de Malcolm;—il tente de faire enlever Marie;—elle est délivrée par Alleyn qui s'était sauvé de sa prison.—Récit de la manière dont Alleyn est parvenu à s'échapper: ses premières tentatives sont infructueuses: deux soldats, chargés de le garder, fuyent avec lui: étrange rencontre qu'ils font dans un souterrain du château de Dunbayne.—Alleyn projette de délivrer son ami Osbert.
Osbert, après avoir été chargé de fers, fut conduit dans la principale prison du château et laissé seul aux plus cruelles réflexions. Mais le malheur qui ébranlait sa fermeté ne pouvait la vaincre, et l'espérance n'était pas encore entièrement perdue pour lui. C'est le propre des grandes ames de trouver contre les coups du sort une force qui s'accroît sans cesse; la résistance chez eux devient énergique en proportion de l'attaque; et l'on peut dire que cette espèce d'hommes triomphe de l'adversité avec les armes qu'elle lui fournit.
Au bout de quelque tems il vint à l'esprit d'Osbert d'examiner sa prison. C'était une chambre quarrée, qui se trouvait au sommet d'une tour tenant au côté oriental du château, d'où l'on entendait sans cesse le lugubre rugissement des vents. Les murs intérieurs étaient délabrés et menaçaient ruine. Un matelas placé dans un des coins de la chambre, une chaise de nattes brisée et une table chancelante composaient tout l'ameublement. Le jour et l'air perçaient à peine à travers deux étroites fenêtres garnies de larges barreaux de fer, dont l'une laissait apercevoir une cour intérieure, et l'autre une chaîne de montagnes stériles et sauvages.
Alleyn fut traîné, par des conduits obscurs, dans une partie éloignée du château, à l'extrémité de laquelle une petite porte de fer qui s'ouvrit lui montra un cachot d'où la lumière et l'espérance étaient également bannies. Il frissonna en y entrant, et aussitôt la porte se ferma sur lui.
L'esprit du baron était agité tout à-la-fois par les sombres passions de la haine, de la vengeance et de l'orgueil irrité; il tourmentait son imagination pour inventer des tortures égales à la violence de ses sentimens. Après de longues réflexions, il se persuada que le supplice de l'attente dans l'incertitude faisait plus souffrir que les plus grands maux eux-mêmes contre lesquels, dès qu'ils sont connus, les ames fortes se roidissent. Il arrêta donc que le comte demeurerait dans la tour, incertain du sort qui lui était réservé, et qu'on lui donnerait assez de nourriture pour le mettre en état de sentir sa déplorable situation.
Osbert était enseveli dans ses pensées, lorsqu'il entendit rouler, en gémissant sur ses gonds, la porte de son affreux séjour; et soudain Malcolm parut devant lui. Le cœur d'Osbert se gonfla d'indignation, et la défiance éclata dans ses yeux. «Je viens, dit l'insolent vainqueur, féliciter le comte d'Athlin de son arrivée dans mon château, et lui montrer comment je sais exercer l'hospitalité envers mes amis; mais je l'avoue je n'ai point encore déterminé la fête que je dois lui donner».
«Lâche tyran, répondit Osbert, avec toute la dignité de la vertu, il est d'un assassin d'insulter à un vaincu; je n'attends pas que celui qui a immolé le père épargne le fils: mais sache que le fils méprise ta colère, et que la crainte de ta cruauté ne pourra jamais l'ébranler».
«Téméraire jeune homme, répliqua le baron, tes paroles ne sont que du vent; ta force tant vantée a fléchi sous ma puissance, et c'est à moi de décider de ton sort». Après ces mots il sortit de la prison, frémissant et furieux de l'inébranlable courage du comte.
La vue de Malcolm excita dans l'ame d'Osbert les mouvemens opposés d'une violente indignation, et d'une tendre pitié que lui inspirait le souvenir de son père; pendant un moment il fut réduit à l'état le plus misérable. L'énergie terrible de ses sensations le jetta dans une sorte de délire; la fermeté qu'il venait de montrer avait entièrement disparu, et il était sur le point de renoncer à la vertu et à la vie, à l'aide d'un court poignard qu'il conservait caché sous sa veste: tout-à-coup le son mélodieux d'un luth attira son attention; cet instrument était accompagné d'une voix douce et tendre, qui fut pour le cœur d'Osbert comme un beaume salutaire; il lui sembla que le ciel s'en servait pour l'arrêter dans ses desseins et changer sa destinée. La tourmente s'apaisa, et fut bientôt dissoute en larmes de pitié et de repentir. La langueur qui régnait dans le chant, semblait annoncer qu'il était celui d'un être souffrant et sans doute aussi prisonnier. Lorsqu'il eut cessé, Osbert, encore plein d'étonnement, s'approcha des barreaux de la fenêtre pour chercher à découvrir d'où étaient partis ces sons enchanteurs; mais personne ne s'offrit à ses regards, et il ne put juger si c'était de l'intérieur ou de l'extérieur du château. Vainement essaya-t-il d'obtenir du garde, qui vint lui apporter une faible portion de nourriture, quelques informations sur ce qu'il avait entendu; le silence obstiné du satellite de Malcolm le laissa dans son ignorance.