Alleyn trouva son père prenant le déjeûner à côté de sa nièce: le vieillard, dont le visage était obscurci par la tristesse, n'aperçut pas d'abord Alleyn; mais bientôt il faillit succomber à l'excès de sa joie en voyant que ce fils, sa consolation et son espoir, lui était rendu: Edric fut reçu avec autant de cordialité que s'il eût été un ancien ami.
CHAPITRE IV.
Continuation de la captivité d'Osbert;—il découvre deux femmes prisonnières comme lui dans le château de Dunbayne.—Malcolm condamne Osbert à mort, et bientôt après se décide à différer son supplice.—Maltida et Marie croyent Osbert mort; il leur fait parvenir une lettre.—Alleyn se met en marche avec la tribu d'Athlin, dans le dessein de délivrer Osbert.—Amour de Marie pour Alleyn: ses efforts pour l'oublier.—Osbert tente de se faire remarquer par les deux prisonnières.
Le comte, prisonnier dans la tour et livré à une affreuse solitude, ignorait le sort qui lui était réservé: mais la magnanimité de son caractère bravait les efforts cruels de la haine du baron. Par une suite de l'habitude qu'il avait prise de se préparer à ce que son ennemi pourrait imaginer de pire, il était parvenu à regarder la mort d'un œil tranquille. Les violens transports dont il avait été agité à l'aspect de Malcolm s'étaient apaisés depuis qu'il n'était plus exposé à le voir; il évitait avec le plus grand soin de se rappeler le sort de son père, sur lequel il n'avait jamais pu arrêter sa pensée, sans éprouver un horrible tourment. Mais lorsqu'il songeait aux souffrances de la comtesse et de sa sœur, toute sa force l'abandonnait: souvent il souhaitait savoir comment elles supportaient le malheur de sa perte, et leur faire connaître l'état où il était: quelquefois il prenait la résolution de s'efforcer de ne point s'occuper de sa situation actuelle, et de se procurer des secours artificiels contre les tristes objets dont il était environné. Son principal amusement consistait à observer les mœurs des oiseaux de proie qui étaient venus se loger dans les créneaux de sa tour; et leur penchant au brigandage lui fournissait l'occasion d'un trop juste parallèle avec les habitudes des hommes.
Comme il était un jour, devant la grille qui donnait sur le château, occupé à regarder les courses des oiseaux, son oreille fut de nouveau frappée par le luth dont les accords l'avaient déjà sauvé de la mort. La voix mélodieuse qu'il avait entendue l'accompagnait encore, et chantait sur un air tendre les couplets qui suivent.
«Quand mon œil s'ouvrit aux premiers rayons du matin de la vie, je n'aperçus autour de moi qu'une scène enchanteresse; alors les tempêtes de la nuit ne s'offraient point à mes regards:»
«Les brillantes illusions de l'espérance séduisaient mon ame, et égaraient les pensées de ma jeunesse: l'imagination venait tout embellir de ses vives couleurs, et me découvrait dans le lointain un avenir de bonheur:»
«Le vuide de mon cœur simple et pur était rempli par la tendresse filiale: et l'amour d'un père suffisait à ses besoins, à son ardeur:»
«Mais ô cruel et rapide revers! tout ce que j'aimais n'est plus; le pâle et sombre malheur a dispersé les rayons tremblans de l'espérance, et les douces rêveries de l'imagination ont fui pour jamais».