—Après le soleil couché, dit-elle, je me trouverai au bout du rempart d'orient; mais alors, ajouta-t-elle, la garde sera placée: que fera Bernardin pour n'être pas remarqué?

—C'est justement ce que je lui ai dit, mademoiselle, et il m'a répondu qu'il avait la clef de la porte qui communique du rempart avec la cour, et qu'il entrerait par là. Quant aux sentinelles, on n'en met point au bout de la terrasse, parce que les grands murs et la tour de l'orient suffisent de ce côté pour garder le château, et s'il fait bien obscur, on ne pourra le voir de l'autre extrémité.

—A la bonne heure, dit Emilie, j'entendrai ce qu'il veut me dire, et je vous prie de m'accompagner ce soir sur la terrasse.

—Il voudrait qu'il fît un peu noir, reprit Annette, à cause des sentinelles.

Emilie réfléchit encore, et dit qu'elle serait au rempart une heure après le soleil couché.—Dites à Bernardin, ajouta-t-elle, d'être ponctuel à l'heure, je pourrais bien aussi être remarquée par M. Montoni. Où est-il? je voudrais lui parler.

—Il est dans la chambre de cèdre, qui tient conseil avec les deux autres.

Emilie s'informa si Montoni attendait de nouveaux hôtes. Annette ne le croyait pas.—Pauvre Ludovico! dit-elle, il serait aussi gai que personne s'il était rétabli. Mais il peut bien se guérir, le comte Morano était plus blessé que lui, et pourtant le voilà sur pied, et il est retourné à Venise.

—Il l'est, dit Emilie: comment avez-vous su cela?

—Je l'ai appris hier au soir, mademoiselle: j'avais oublié de vous le dire.

Montoni cependant fut si occupé tout le jour, qu'Emilie n'eut pas l'occasion de calmer ses horribles doutes sur la destinée de sa tante.