Jugeant comme je le fais, reprit Montoni, je ne puis pas croire que vous cherchiez à élever une contestation inutile. Je ne crois même pas que vous désiriez acquérir ou posséder quelque propriété à laquelle la justice ne vous donne aucun droit. Je crois à propos de vous donner l'alternative. Si vous vous formez une exacte opinion du sujet que nous traitons, vous serez dans peu de temps reconduite en France. Si vous êtes assez malheureuse pour rester dans l'erreur où votre tante vous a mise, vous resterez ma prisonnière jusqu'à ce que vous ouvriez les yeux.

Emilie lui dit d'un ton calme:

—Je ne suis pas assez peu instruite des lois relatives à ce sujet pour m'abuser d'après une assertion quelconque: la loi me donne les propriétés en question, ma main ne trahira pas mes droits.

—Je me suis trompé, à ce qu'il paraît, dans l'opinion que j'avais de vous, dit Montoni avec sévérité; vous parlez avec hardiesse, avec présomption, sur un sujet que vous n'entendez pas. Je veux bien, pour une fois, pardonner l'entêtement de l'ignorance; la faiblesse de votre sexe, dont vous ne paraissez pas exempte, comporte aussi cette indulgence. Mais si vous persistez, vous avez tout à craindre de ma justice.

—De votre justice, monsieur, répondit Emilie, je n'aurai rien à craindre; j'ai tout à espérer.

Montoni la regarda avec impatience, et sembla méditer sur ce qu'il allait lui dire.

—Je vois que vous êtes assez faible pour en croire une assertion ridicule; j'en suis fâché pour vous. Quant à moi, elle m'importe fort peu. Votre crédulité trouvera son châtiment dans ses suites, et je plains la faiblesse d'esprit qui vous expose aux punitions que vous me forcez à vous préparer.

—Vous trouverez, monsieur, dit Emilie avec douceur et dignité, vous trouverez la force de mon esprit égale à la justice de ma cause, et je puis souffrir avec courage, quand je résiste à l'oppression.

—Vous parlez comme une héroïne, dit Montoni avec mépris; nous verrons si vous souffrirez de même.

Emilie garda le silence, et il sortit.