Valancourt la mena au platane, où, pour la première fois, il avait osé lui parler de son amour. Le souvenir des chagrins qu'ensuite il avait endurés, des malheurs, des dangers qui avaient suivi cette rencontre, augmenta le sentiment de leur félicité actuelle. Sous cet ombrage sacré, et voué pour jamais à la mémoire de Saint-Aubert, ils jurèrent l'un et l'autre de chercher à s'en rendre dignes, en imitant sa douce bienveillance; en se rappelant que toute espèce de supériorité impose des devoirs à celui qui en jouit; en offrant à leurs semblables, outre les consolations et les bienfaits que la prospérité doit tous les jours à l'infortune, l'exemple d'une vie passée dans la reconnaissance envers Dieu, et la constante occupation d'être utile à l'humanité.
Aussitôt après leur retour, le frère de Valancourt vint le féliciter de son mariage, et rendre hommage à Emilie. Il fut si content d'elle, si heureux de la riante et heureuse perspective que ce mariage offrait à Valancourt, que sur-le-champ il lui remit une partie de son bien; et, comme il n'avait point d'enfant, il lui assura la totalité de sa succession.
Les biens de Toulouse furent vendus. Emilie racheta de M. Quesnel l'ancien domaine de son père; elle dota Annette, et l'établit à Epourville avec Ludovico. Valancourt et elle-même préféraient à toute autre demeure les ombres chéries de la vallée; ils y fixèrent leur résidence; mais chaque année, par respect pour M. Saint-Aubert, ils allèrent passer quelques mois dans l'habitation où il avait été élevé.
Emilie pria Valancourt de trouver bon qu'elle remît à M. de Bonnac le legs qu'elle avait reçu de la signora Laurentini. Valancourt, quand elle fit cette demande, sentit tout ce qu'elle avait pour lui d'obligeant. Le château d'Udolphe revenait aussi à l'épouse de M. de Bonnac, la plus proche parente de cette maison; et cette famille, longtemps malheureuse, goûta de nouveau l'abondance et la paix.
Oh! combien il serait doux de parler longtemps du bonheur de Valancourt et d'Emilie! de dire avec quelle joie, après avoir souffert l'oppression des méchants et le mépris des faibles, ils furent enfin rendus l'un à l'autre; avec quel plaisir ils retrouvèrent les paysages chéris de leur patrie! combien il serait doux de raconter comment, rentrés dans la route qui conduit le plus sûrement au bonheur, tendant sans cesse à la perfection de leur intelligence, ils jouirent des douceurs d'une société éclairée, des plaisirs d'une bienfaisance active, et comment les bosquets de la vallée redevinrent le séjour de la sagesse et le temple de la félicité domestique!
Puisse-t-il du moins avoir été utile de démontrer que le vice peut quelquefois affliger la vertu; mais que son pouvoir est passager, et son châtiment certain! tandis que la vertu froissée par l'injustice, mais appuyée sur la patience, triomphe enfin de l'infortune!
Et si la faible main qui a tracé cette histoire a pu, par ses tableaux, soulager un moment la tristesse de l'affligée, par sa morale consolante; si elle a pu lui apprendre à en supporter le fardeau, ses humbles efforts n'auront pas été vains, et l'auteur aura reçu sa récompense.
FIN DES MYSTÈRES D'UDOLPHE.
Imprimerie L. Toinon et Cie, à Saint-Germain.