—Comme il fait froid ici, mademoiselle! dit Annette, personne n'y a habité depuis des siècles, à ce qu'on dit. Allons-nous-en.

—Peut-être arriverons-nous jusqu'au grand escalier, dit Emilie en marchant toujours. Elle se trouva dans un salon garni de tableaux, et prit la lumière pour examiner celui d'un soldat à cheval sur un champ de bataille. Il appuyait son épée sur un homme que son cheval foulait aux pieds, et qui semblait lui demander grâce. Le soldat, la visière levée, le regardait avec l'air de la vengeance.

Cette expression et tout l'ensemble frappèrent Emilie par la ressemblance de Montoni; elle frissonna et détourna les yeux. En passant légèrement la lumière sur les autres tableaux, elle vint à un que couvrait un voile de soie noire. Cette singularité la frappa; elle s'arrêta dans l'intention d'écarter le voile et de considérer ce qu'on cachait avec tant de soin; cependant, un peu interdite, son courage balançait.—Vierge Marie! s'écria Annette, qu'est-ce que cela veut dire? C'est sûrement la peinture, le tableau dont on parlait à Venise.

—Quelle peinture? dit Emilie, quel tableau?—Un tableau! dit Annette en tremblant. Je n'ai jamais bien su ce que c'était!

—Levez la toile, Annette.

—Qui? Moi, mademoiselle, moi? Non, pour le monde entier. Emilie se retournant vers Annette qui pâlissait:—Eh! je vous prie, qu'avez-vous su de ce tableau, pour vous épouvanter ainsi?—Rien, mademoiselle; on ne m'a rien dit. Trouvons notre chemin.

—Sans doute, dit Emilie, mais je veux d'abord voir ce tableau. Prenez la lumière, Annette, je lèverai le voile. Annette prit la lumière et s'enfuit précipitamment sans vouloir entendre Emilie; et ne voulant pas rester au fond d'une chambre obscure, il fallut bien qu'Emilie la suivît elle-même.

—Mais Annette, qu'avez-vous donc? dit Emilie en la rejoignant; que vous a-t-on dit de ce tableau, puisque vous ne restez pas quand je vous en prie?

—Je n'en sais pas la raison, mademoiselle, répondit Annette; on ne m'a rien dit de ce tableau. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a eu quelque chose de très-effrayant à ce sujet; et que depuis, il a toujours été couvert d'un voile noir, et que personne ne l'a regardé depuis bien longtemps. Cela a, dit-on, quelque rapport avec la personne qui possédait le château avant qu'il appartînt à monsieur; et...

—Fort bien! Annette, dit Emilie; je m'aperçois qu'effectivement vous ne saviez rien sur ce tableau.