Si fatigué d'elle, Antoine se réjouit de la trouver un matin dans le salon de l'hôtel, coquette et gaie, qui causait avec un ami retrouvé, un jeune Anglais qu'elle avait connu à Paris, qui la regardait avec des yeux éblouis. « Enfin, pensa-t-il, qu'un autre porte le poids de ses aimables conversations! »

Au bout de deux jours, il fut jaloux. Sans tendresse pour cette femme, sans violent désir, il la voulait voir isolée, triste et faible dans cet hôtel, misérable comme son cœur à lui, son cœur ennuyé.

Qu'elle regardât avec bienveillance le jeune Anglais, c'était dire à Antoine : « La gentillesse de ce jeune homme, sa courtoisie, son vif intérêt me plaisent davantage que votre hostilité, votre humeur glacée, votre insolence, votre inconstance », et cela, Antoine ne pouvait l'admettre.

Il surprit la jeune femme un soir que, toute sérieuse et tout échauffée, elle expliquait sa vie, son caractère, ses aspirations à son nouveau camarade, toujours ébloui. Antoine affecta une telle stupeur à la pensée qu'elle prenait la peine de parler d'elle-même, d'éclaircir quelque chose de sa chétive personnalité, qu'elle s'arrêta, troublée, interdite, anéantie, tandis que son visiteur, confus aussi, s'excusait et se retirait.

Elle se laissa ramener à Paris par Antoine, et, sur une dernière querelle, ils se quittèrent.

V

Il restait à Paris par lassitude ; il n'avait pas de désirs ; il ne voulait rien. Il avait horreur de l'univers et de la vie, qui lui paraissaient mornes, restreints, éclairés par ce triste jour d'en haut qui tombe de l'étroite vitre du plafond dans les mansardes.

Le travail ne le tentait pas. Il savait avec quelle force et quelle facilité il travaillait.

« Je n'ai pas peur, pensait-il, de la critique pour mes œuvres. La critique, dit Hello, il est temps qu'elle admire! » Il regrettait seulement, son ouvrage fini, qu'il ne fût pas éternel.

La durée limitée du papier et la faible intelligence des hommes lui paraissaient un empêchement sérieux à cette dépense d'énergie.