Mais son compagnon songeait :

« Nuit, rameaux bruissants, Nature, vous n'êtes que dans ma pensée, je vous crée, je vous possède, mais, ô douleur! je ne serai plus et vous serez! O maîtresse éternelle! qui ne veut pas mourir avec moi… »

De retour chez lui, Antoine Arnault, solitaire, sentait vaciller ses chances et sa vie. Il souffrait d'être le seul témoin de soi-même. Le silence et la nuit restreignaient sa faible unité.

Il savait qu'il ne dormirait pas ; il prit un livre, mais l'agitation de son cœur et l'indifférence de ses yeux l'empêchaient de lire.

Il tournait les pages, et voici, voici qu'une phrase plus brillante et plus dure se révèle et s'impose!

« César pleura lorsqu'il vit la statue d'Alexandre… »

Antoine regarde ces mots. « César pleura lorsqu'il vit la statue d'Alexandre, parce que, dit-il, je n'ai encore rien fait à un âge où ce prince avait déjà conquis la moitié du monde… »

« César pleura lorsqu'il vit la statue d'Alexandre!… »

Alors l'éclat de ces deux noms divins, ces larmes, ce qu'il y a chez le héros d'humain et de surhumain fondirent le cœur du jeune homme, exaltèrent en lui l'orgueil et l'âpre volonté.

Et Antoine Arnault, empli d'amour, pleura. Il pleura sur ce qu'il sentait en lui de force, et de passion, et de bouillonnement, tandis que la molle nuit, indifférente, sous les arbres de l'avenue continuait sa douce course…