Un jour, l’été flambait, le temple de Ségeste
Portait la gloire d’être éternel sans effort,
Et l’on voyait monter, comme un arpège agreste,
Le coteau jaune et vert dans sa cithare d’or!
Le blanc soleil giclait au creux d’un torrent vide;
Des chevaux libres, fiers, près des hampes de fleurs
S’ébrouaient; les parfums épais, gluants, torrides
Mettaient dans l’air comblé des obstacles d’odeurs.
Des lézards bleus couraient sur les piliers antiques
Avec un soin si gai, si chaud, si diligent,
Que l’imposant destin des pierres léthargiques
Semblait ressuscité par des veines d’argent!
Des insectes brûlants voilaient mes deux mains nues:
Je contemplais le sort, la paix, l’azur si long,
Et parfois je croyais voir surgir dans la nue
La lance de Minerve et le front d’Apollon.
Devant cette splendeur sereine, ample, équitable,
Où rien n’est déchirant, impétueux ou vil,
Je songeais lentement au bonheur misérable
De retrouver tes yeux où finit mon exil...
Je jette sous tes pieds les noirs pipeaux d’Euterpe,
Dont j’ai fait retentir l’azur universel
Quand mes beaux cieux luisaient comme des coups de serpe,
Quand mon blanc Orient brillait comme du sel!
Je quitte les regrets, la volonté, le doute,
Et cette immensité que mon cœur emplissait,
Je n’entends que les voix que ton oreille écoute,
Je ne réciterai que les chants que tu sais!
Je puiserai l’été dans ta main faible et chaude,
Mes yeux seront sur toi si vifs et si pressants
Que tu croiras sentir, dans ton ombre où je rôde,
Des frelons enivrés qui goûtent à ton sang!
Car, quels que soient l’instant, le jour, le paysage,
Pourquoi, doux être humain, rien ne me manque-t-il
Quand je tiens dans mes doigts ton lumineux visage
Comme un tissu divin dont je compte les fils?...