Les oiseaux chantent dans les airs;
Le soleil ravage la plaine;
Je vois, au bout de ce désert,
L’indolente mer africaine.
Brusquement un cri triste et fort
Perce l’air intact et sans vie;
La voix qui dit que Pan est mort
M’a-t-elle jusqu’ici suivie?
Et puis l’air retombe; la mer
Frappe la rive comme un socle;
Tout dort. Un fanal rouge et vert
S’allume au vieux port Empédocle.
L’ombre vient, par calmes remous;
Dans l’éther pur et pathétique
Les astres installent d’un coup
Leur brasillante arithmétique!
Soudain, sous mon balcon branlant,
J’entends des moissonneurs, des filles
Défricher un champ de blé blanc,
Qui gicle au contact des faucilles;
Et leur fièvre, leur sèche ardeur,
Leur clameur nocturne et païenne
Imitent, dans l’air plein d’odeurs,
Le cri des nuits éleusiennes!
Un pâtre, sur un lourd mulet,
Monte la côte tortueuse;
Sa chanson lascive accolait
La noble nuit silencieuse;
Dans les lis, lourds de pollen brun,
Le bêlement mélancolique
D’une chèvre, ivre de parfums,
Semble une flûte bucolique.