La nuit, la calme nuit, déesse agitatrice,
Regardait s’amasser l’amour sur les chemins;
Une palme éployait son pompeux artifice
Près des maigres chevaux qui, songeant à demain,
Aux incessants travaux de leur race indigente,
Se baisaient doucement.
Dans le moite jardin,
Vous méditiez sans fin, ô palme nonchalante!
Que j’étais triste alors, que mon cœur étouffait!
Un rêve catholique et sa force exigeante
M’empêchait d’écouter les bachiques souhaits
De la puissante nuit qui brille et qui fermente...

Et j’aimais ta douceur pudique et négligente,
Palmier de Bethléem sur le ciel d’Agrigente!

L’ENCHANTEMENT DE LA SICILE

Je suis ému comme le dauphin des mers qui, au milieu des
flots paisibles, se plaît au doux son de la flûte.
PINDARE.

élestes horizons où mollement oscille
La bleuâtre chaleur qui baigne la Sicile,
Malgré nos froids hivers et mes longs désespoirs
Je n’ai rien oublié de la douceur des soirs:
Ni le dattier debout sur son ombre étoilée,
Ni la fontaine arabe, au marbre soufre et noir,
Qui fait gicler son eau rigide et fuselée,
Ni l’hôtel du rivage aux teintes de safran,
Ni la jaune mosquée ombrageant ses glycines,
Ni les vaisseaux, taillés dans un bois odorant,
Et qui passent, le soir, sur la mer de Messine...