Ce matin, dans le vent qui vient puiser les cendres
Pour les mêler au jour ivre d’air et d’éclat,
Je respire ton cœur voluptueux et tendre,
Pauvre Cécile Métella!
Tu n’es pas à l’écart des saisons immortelles,
Un tourbillon d’azur te recueille sans fin;
Je n’ai pas plus de part que tes mânes fidèles
A l’univers vague et divin!
Les blancs eucalyptus et le cyprès qui chante,
Où viennent aboutir les longs soupirs des morts,
Racontent, chers défunts, vos détresses penchantes,
Votre sort pareil à nos sorts.
Quels familiers discours sur la voie Appienne!
Tissés dans le soleil, les morts vont jusqu’aux cieux;
Vous renaissez en moi, ombres aériennes,
Vous entrez dans mes tristes yeux!
Là-bas, sur la colline, un jeune cimetière
Étale sa langueur d’Anglais sentimental,
Les délicats tombeaux, dans les lis et le lierre,
Font monter un sang de cristal.
Midi luit; la villa des chevaliers de Malte
Choit comme une danseuse aux pieds brûlants et las.
Comme un fauve tigré l’air jaunit et s’exalte;
Une nymphe en pierre vit là.
Elle a les bras cassés, mais sa force éternelle
Empourpre de plaisir ses genoux triomphants;
Le néflier embaume, un jet d’eau est, près d’elle,
Secoué d’un rire d’enfant.
Les dieux n’ont pas quitté la campagne romaine,
Euterpe aux blonds pipeaux, Erato qui sourit,
Dansent dans le jardin Mattei, où se promène
Le saint Philippe de Néri.
Mais c’est vous qui, ce soir, partagez mon malaise,
Dans l’église sans voix, au mur pâle et glacé,
Déesse catholique, ô ma sainte Thérèse,
Qui soupirez, les yeux baissés!