O tragique douceur de la cité sanglante,
Rue où le passé vit sous les vents endormis:
Un masque court, ombre galante,
Au bal des amants ennemis.

Je m’élance, et je vois ta maison, Juliette!
Si plaintive, si noire, ainsi qu’un froid charbon.
C’est là que la fraîche alouette
T’épouvantait de sa chanson!

Que tu fus consumée, ô nymphe des supplices!
Que ton mortel désir était fervent et beau
Lorsque tu t’écriais: «Nourrice,
Que l’on prépare mon tombeau!

«Qu’on prépare ma tombe et mon funèbre somme,
Que mon lit nuptial soit violet et noir,
Si je n’enlace le jeune homme
Qui brillait au verger ce soir!...»

Auprès de ta fureur héroïque et plaintive,
Auprès de tes appels, de ton brûlant tourment,
La soif est une source vive,
La faim est un rassasiement.

Hélas! tu le savais, qu’il n’est rien sur la terre
Que l’invincible amour, par les pleurs ennobli;
Le feu, la musique, la guerre,
N’en sont que le reflet pâli!

Ma sœur, ton sein charmant, ton visage d’aurore,
Où sont-ils, cette nuit où je porte ton cœur?
La colombe du sycomore
Soupire à mourir de langueur...