Soir torturé d’amour et de pesants tourments,
Grands songes accablés des roseaux d’Aigues-Mortes,
Musicale torpeur où volent des flamants,
Couleur du soir divin qui promets et qui ments,
C’est ta détresse qui me transporte!
Ah! les amants unis, qui dorment, oubliés,
Dans les doux Alyscamps bercés du clair de lune,
Connaissent, sous le vent léger des peupliers,
Le bonheur de languir, assouvis et liés,
Dans la même amoureuse infortune;
Mais les corps des vivants, aspirés par l’été,
Sont des sanglots secrets que tout l’azur élance.
Je songeais sans parler, lointaine à vos côtés;
Qui jamais avouera l’âpre infidélité
D’un cœur sensuel, dans le silence!...
LA NUIT FLOTTE...
a nuit flotte, amollie, austère, taciturne,
Impérieuse; elle est funèbre comme une urne
Qui se clôt sur un vague et sensible trésor.
Un oiseau, intrigué, dans un arbre qui dort,
Parait interroger l’ombre vertigineuse.
La lune au sec éclat semble une île pierreuse;
Cythère aride et froide où tout désir est mort.