Derrière des rideaux de perles,
Chez les beaux marchands indolents,
Des monceaux de fraises déferlent
Au bord luisant des vases blancs.

Quels soupirs, quand le soir dépose
Dans l’ombre un surcroît de chaleur!
L’œillet, comme une pomme rose,
Laisse pendre sa lourde fleur.

L’emportement de l’azur brise
Le chaud vitrail des cabarets
Où le sorbet, comme une brise,
Circule, aromatique et frais.

La foule adolescente rôde
Dans ces nuits de soufre et de feu;
Les éventails, dans les mains chaudes,
Battent comme un cœur langoureux.

Blanc sommeil que l’été surmonte
Des fleurs, la mer calme, un berger;
O silence de Sélinonte
Dans l’espace immense et léger!

Un soir, lorsque la lune argente
Les temples dans les amandiers,
J’ai ramassé près d’Agrigente
L’amphore noire des potiers;

Et sur la route pastorale,
Dans la cage où luisait l’air bleu,
Une enfant portait sa cigale,
Arrachée au pin résineux...

J’ai vu les nuits de Syracuse,
Où, dans les rocs roses et secs,
On entend s’irriter la Muse
Qui pleure sur dix mille Grecs;