Mon ami, votre esprit et ses nobles soupirs
Semblait plus que le mien altéré de sublime;
Mais déjà vos pensers recherchaient leurs loisirs;
Et la paix, mollement, a comblé vos abîmes…
—C'est en moi seulement que rien ne peut finir.
J'AI VU A TA CONFUSE…
J'ai vu à ta confuse et lente rêverie,
A ton front détourné, douloureux et prudent,
Que mon visage en pleurs, qui s'irrite et qui prie,
Te semble un masque ardent.
En vain ta voix m'enchante et ton regard m'abreuve,
Et mon coeur éclatant se brise dans ta main;
Tu cherches vers le ciel quelque invisible preuve
De mon désir humain.
Tu cherches quel étroit, quel oppressant symbole,
Mêlé de calme espoir, de silence et de Dieu,
Joindrait mieux que ne font les pleurs ou la parole,
Ton esprit et mes yeux.
Et tandis que ton coeur, craintif et solitaire,
A mon immense amour n'est pas habitué,
Moi je suis devant toi comme du sang par terre
Quand un homme est tué…
JE MARCHAIS PRÈS DE VOUS…
Je marchais près de vous, dans mon jardin d'enfance.
Le soir uni luisait; une calme innocence
Emanait des chemins, dépliés sous les cieux
Ainsi qu'un long secret franc et silencieux…
On entendait le lac, sur l'escalier de pierre,
Murmurer sa liquide et rêveuse prière
Qui, mollement, se heurte au languissant refus
Qu'oppose au coeur actif la nuit qui se repose…
Nous marchions lentement dans le verger touffu,
Où fraîchissait l'odeur des poiriers et des roses.
J'écoutais votre voix aux sons plaisants et doux.
Hélas! je vous aimais déjà pour quelque chose
De vague, d'infini, d'antérieur à vous…
Un peuple de silence environnait ma vie.
Les fleurs au front baissé, par la nuit asservies,
Exhalaient je ne sais quel confiant repos
Entre la calme nue et les miroirs de l'eau.
J'étais bonne pour vous, soigneuse, maternelle,
Je souffrais de sentir votre voix comme une aile
Battre votre gosier et haleter vers moi;
Ma main aux doigts muets s'irritait dans vos doigts;
L'aspect fidèle et sûr de la nuit renaissante
Me rendait ma jeunesse, attentive et pensante.
Quelle limpidité dans l'éther blanc et noir!
J'entendais s'échapper, des roses amollies,
L'éloge de l'altière et mystique folie
Qui brise le réel pour augmenter l'espoir…
—O sublime vaisseau de la mélancolie,
Nul amour ne s'égale aux promesses du soir!