Les abeilles, tournant parmi d'épais aromes,
Font un remous de chants et de suavité.
On voit, sur les chemins, s'éloigner le fantôme
De l'été lourd de volupté…
Et pourtant, ô mon coeur, cette paix onctueuse
Qui t'environne et veut tendrement t'envahir,
S'étend comme un désert aux vagues sablonneuses,
Autour de ton triste désir!
Tu te sens étranger parmi cette indolence,
Tu ne reconnais rien dans ce calme sommeil;
Et ton sort fait un poids obscur dans la balance
Où monte un placide soleil…
Les feuillages, les flots, la rive romanesque,
La barque qui descend comme un bouquet sur l'eau,
Les montagnes, au loin peintes comme des fresques,
La fumée aux toits des hameaux,
Ne te captivent plus, car la vie irritée
A, depuis ton enfance, arraché tes abris,
Et ton passé tragique est une eau démontée
Où des navires ont péri.
—Hélas, ô triste coeur, ô marin des rafales,
Vous si brave parmi la nuit et l'océan,
Comment goûteriez-vous la douceur qui s'exhale
De ce soir sans douleur, qui ressemble au néant?
LA PASSION
Lorsque, semblable au vent qui flagelle les monts,
Notre esprit plein d'ardeur indomptable et sublime,
Bondit soudain plus haut que d'invisibles cimes,
Et descend jusqu'aux pieds de ceux que nous aimons;
Quand un front nous paraît si chaud dans les ténèbres,
Qu'enivrés des rayons qui nous viennent de lui,
Nous pourrions à jamais, loin du jour qui reluit,
Vivre contents parmi des tentures funèbres,
Nous ne pouvons pas croire à ces calmes moments,
A ces froids lendemains, monotones, paisibles,
Qui reviennent toujours, d'une marche insensible,
Recouvrir la douleur et les emportements.