—Blanc sommeil que l'été surmonte:
Des fleurs, la mer calme, un berger;
O silence de Sélinonte
Dans l'espace immense et léger!
Un soir, lorsque la lune argente
Les temples dans les amandiers,
J'ai ramassé près d'Agrigente
L'amphore noire des potiers;
Et sur la route pastorale,
Dans la cage où luisait l'air bleu,
Une enfant portait sa cigale,
Arrachée au pin résineux…
—J'ai vu les nuits de Syracuse,
Où, dans les rocs roses et secs,
On entend s'irriter la Muse
Qui pleure sur dix mille Grecs;
J'ai, parmi les gradins bleuâtres,
Vu le soleil et ses lions
Mourir sur l'antique théâtre,
Ainsi qu'un sublime histrion;
Et comme j'ai du sang d'Athènes,
A l'heure où la clarté s'enfuit,
J'ai vu l'ombre de Démosthène
Auprès de la mer au doux bruit…
—Mais ces mystérieux visages,
Ces parfums des jardins divins,
Ces miracles des paysages
N'enivrent pas d'un plus fort vin
Que mes soirs de France, sans bornes,
Où tout est si doux, sans choisir;
Où sur les toits pliants et mornes
L'azur semble fait de désir;
Où, là-bas, autour des murailles,
Près des étangs tassés et ronds,
S'éloigne, dans l'air qui tressaille,
L'appel embué des clairons…
DANS L'AZUR ANTIQUE
Espérances des humains, légères déesses…
DIOTIME D'ATHÈNES.
Sous un ciel haletant, qui grésille et qui dort,
Où chaque fragment d'air fascine comme un disque,
Rome, lourde d'été, avec ses obélisques
Dressés dans les agrès luisants du soleil d'or,
Tremblait comme un vaisseau qui va quitter le port
Pour voguer, pavoisé de ses mâts à ses cryptes,
Vers l'amour fabuleux de la reine d'Egypte.