—Vaste Amour, conducteur des éternels demains,
Je reconnais en vous l'inlassable merveille,
L'inexpugnable vie, innombrable et pareille:
O croissance des blés! ô baisers des humains!

LA LANGUEUR DES VOYAGES

Le matinal plaisir du soleil dans l'herbage,
Dessinant des ruisseaux d'intangible cristal;
Les cieux d'été, plus chauds qu'un sensuel visage
Opprimé de désir, altéré d'idéal;
Le hameau romantique au creux d'un roc stérile;
Des jardins de dattiers, épais ainsi qu'un toit;
L'arrivée, au matin, dans d'étrangères villes,
Où, soudain, l'on se sent libéré comme une île
Que bat de tout côté un flot distrait et coi;
Le bitumeux parfum d'une rade en Hollande,
Le bruit de forge en feu des vaisseaux roux et noirs
Que la noble denrée exotique achalande;
Enfin, surtout, l'odeur et la couleur des soirs,
Ont, pour le voyageur que le désir oppresse
Et que guide un mystique et rêveur désespoir,
L'insistante langueur qui prélude aux caresses…

LA TERRE

Je me suis mariée à vous
Terre fidèle, active et tendre,
Et chaque soir je viens surprendre
Votre arome secret et doux.

Ah! puisque le divin Saturne
Porte un anneau qui luit encore,
Je vous donne ma bague d'or,
Petite terre taciturne!

Elle est comme un soleil étroit,
Elle est couleur de moisson jaune,
Aussi chaude qu'un jeune faune
Puisqu'elle a tenu sur mon doigt!

—Et qu'un jour, dans l'espace immense,
Brille, ceinte d'un lien doré,
La Terre où j'aurai respiré
Avec tant d'âpre véhémence!

RIVAGES CONTEMPLES

Rivages contemplés au travers de l'amour,
Horizon familier comme une salle ronde,
Où nos yeux enivrés s'interrogeaient toujours,
Dans quel sensible atlas, sur quelle mappemonde
Reverrai-je vos soirs précis et colorés,
Les suaves chemins où nos pas ont erré,
Et que nos coeurs, emplis d'ardeur triste et profonde,
Avaient rendus plus beaux que la beauté du monde?