De l'intrépide Juliette,
Ivre d'été,
Qui bondit, sanglote, halette
De volupté;
De Juliette qui s'étonne
D'être, en ces lieux,
Plus amoureuse qu'à Vérone
Près des ifs bleus.
—Tout tremble, s'exalte, soupire;
Ardent émoi.
O Juliette de Shakspeare,
Comprenez-moi!…
LE PRINTEMPS DU RHIN
(STRASBOURG)
Le vent file ce soir, sous un mol ciel d'airain,
Comme un voilier sur l'Atlantique.
On entend s'éveiller le Printemps souverain,
A la fois plaintif et bachique:
Un abondant parfum, puissant, traînant et las
Triomphe et pourtant se lamente.
Le saule a de soyeux bourgeons de chinchilla
Epars sur la plaine dormante.
Un bouleversement hardi, calme et serein
A rompu et soumis l'espace;
Les messages des bois et l'effluve marin
S'accostent dans le vent qui passe!
Comment s'est-il si vite engouffré dans les bois,
Ce dieu des sèves véhémentes?
Tout encore est si sec, si nu, si mort de froid!
—C'est l'invisible qui fermente!
Là-bas, comme un orage aigu, accumulé,
La flèche de la cathédrale
Ajoute le fardeau de son sapin ailé
A ce ciel qui défaille et râle.