Avoir toujours cherché, pressenti l'impossible
Comme un sûr continent épandu et dissous;
Et partout exigé un amour réversible,
Qui fait que l'onde aussi aurait eu soif de nous;

Errer dans les matins soulevés et bachiques
Qui semblent pleins de temps, d'espoir, de chauds conseils
Et ne plus leur livrer son âme nostalgique
Puisqu'aucun coeur ne bat derrière le soleil;

Avoir vu peu à peu s'assombrir la nature
Sans pouvoir discerner, au long des frais matins,
Si c'est dans le regard ou les vastes verdures
Que le flambeau vivace et prudent s'est éteint;

N'avoir jamais voulu mettre aucune défense
Entre sa libre vie et votre volonté,
Afin que votre active et confuse présence
Y jette son tumulte et son infinité;

Avoir vraiment connu, dans des lieux héroïques,
L'appétit matinal et joyeux de la mort,
Et senti que la vie allégée et mystique
Fuyait vers quelque appel venu d'un autre bord,

Enfin, avoir porté la douleur exemplaire,
L'amour par qui l'on voit, l'on comprend et l'on sait,
Et vivre désormais dans le regret austère
De n'avoir pu mourir quand on se surpassait,

Voyez si ce n'est pas la plus pesante image
De l'âme se traînant jusqu'à votre inconnu,
Et, soulevant déjà l'éboulement des âges,
Vous présentant l'esprit comme un diamant nu.

—Être un tigre blessé, qui s'allonge et qui saigne
Dans vos forêts, mon Dieu, peu sûr d'être sauvé…
J'ai vu trop de repos chez ceux qui vous atteignent:
La sainteté n'est pas de vous avoir trouvé!…

O MONDE! NOUS PASSONS…

Non par sa propre force, mais par celle que lui communiquait
le dieu…
EURIPIDE.