On est prié d'apporter l'emballage nécessaire.

Le paiement des pensions aux participantes ayant plus de quinze années de sociétariat, aura lieu au même local, le même jour.

Les membres de la Mutualité Maternelle qui auraient été sinistrées dernièrement, sont invitées à se faire inscrire au siège de la Société, 183, rue Solférino, tous les jours dans la matinée (dimanche excepté).


CHRONIQUE JUDICIAIRE

Audience correctionnelle du 7 Janvier 1916

Allocation sur Allocation se vaut.

Lorsque vous demandez aux criminalistes quelle est la raison d'être du droit de punir, ils vous répondent généralement, sur cette question controversée, que la punition n'a pas pour seul but de frapper et d'amender les coupables, mais qu'elle doit servir d'exemple, afin d'empêcher que d'autres ne commettent le même délit. Je ne sais pas si, de cette matière de fraude au secours, ceux que la justice a frappés, se sont amendés; mais je doute que les condamnations prononcées aient eu le résultat préventif attendu. Déjà, à plusieurs reprises le Bulletin de Lille a publié, après les avertissements et les menaces des Caisses de secours, des condamnations sévères, prononcées en pareille matière, et cependant, on voit comparaître fréquemment de nombreux coupables devant le Tribunal correctionnel. Le Bulletin de Lille ne serait-il pas lu? Je frémis en écrivant cette ligne qui pourrait faire tarir la source, de nos annonces commerciales.

L'histoire, qui est la cause de mes digressions, est celle de la veuve Régnier, née Sophie Boone, demeurant à Lille, rue d'Eylau. Au moment de la guerre, cette femme, veuve en premières noces d'un sieur Deledicque, invoqua qu'elle avait un fils, Albert Deledicque, évacué, et réclama, du chef de ce fils, qu'elle déclarait être son soutien, une allocation militaire pour elle et le fils mineur de 16 ans qui restait avec elle: elle obtint un secours de 52 fr. 50 par mois (49 fr. pour 28 jours). Mais elle vivait depuis longtemps en concubinage avec un sieur Joseph Deroef, qui a évacué Lille, le 2 septembre 1914. Son amant parti, elle se fit délivrer un duplicata de son livret de mariage et, se présentant avec cette pièce comme Marie Evrard, femme De Roef, elle réclamait et obtenait une nouvelle allocation de 37 fr. 50 pour un mois (35 fr. pour 28 jours). La fraude découverte, la veuve Régnier allégua que puisque la guerre lui avait pris De Roef, avec qui elle vivait depuis longtemps, elle avait cru que c'était son droit d'avoir, en compensation de cette perte, une indemnité elle n'avait d'ailleurs pas privé la femme légitime, dont l'existence de celle-ci était ignorée. Et puis en avait-elle donc trop pour vivre? La manoeuvre frauduleuse, qu'avait employée la veuve Régnier pour se faire attribuer la deuxième allocation, ne permettait pas de croire à son ignorance et à sa bonne foi. Si elle avait droit à l'allocation, par droit d'occupation, pourquoi ne se presentait-elle pas avec sort propre état civil et employait-elle l'état civil de la femme légitime? La loi déclare d'ailleurs formellement qu'on n'a pas droit à autant d'allocations qu'on a de parents.... on d'amis sous les drapeaux, mais qu'on n'a droit qu'à une seule allocation, quel que soit le nombre de ceux qui sont sous les drapeaux, ou qui seraient les soutiens indispensables du réclamant. Un père eût-il six fils sous les drapeaux, n'a droit qu'à une allocation. Une femme dont le mari et le fils sont à la guerre, n'a droit qu'à une seule allocation. La veuve Régnier devait le savoir, puisqu'elle a éprouvé le besoin de réclamer deux allocations, sous deux états civils différents. C'est ce que le Tribunal a pensé et il a infligé 6 mois de prison. Cette condamnation assagira-t-elle la veuve Régnier, qui a interjeté appel? Il faut l'espérer, mais rendra-t-elle les autres plus honnêtes? Que ceux qui se sont mis dans le mauvais cas de tromper les services de secours, s'en viennent dénoncer leur propre faute. Ce sera la meilleure preuve de repentir, et alors, à tout péché miséricorde.... Je suis bien désireux de savoir si mon compte rendu produira quelque effet sur les pillards de deniers publics.

COUPONS