Si la Hollande produit beaucoup de pommes de terre, elle en consomme beaucoup aussi. Il faut donc couvrir d'abord les besoins du pays, et le gouvernement néerlandais, par mesure de précaution, a ordonné que les variétés qui sont de bonne conservation soient gardées dans le pays; il ne permet l'exportation que des pommes de terre dites chaudes, qui ne se conservent qu'un temps très court. L'exportation est donc limitée en quantité.

Ce n'est pas le seul embarras. Comme cette espèce, si elle vient à être mouillée, s'échauffe rapidement, germe et se gâte, on ne peut l'expédier que par temps sec. Or, l'autorisation d'exporter est donnée seulement après l'avis d'une commission qui se compose d'agents du gouvernement, du ministère de l'agriculture, des douanes. La commission doit se réunir, au lieu même où se trouvent les marchandises, c'est-à-dire, bien souvent dans un village plus ou moins reculé. Tout cela cause des retards. La question du transport vient encore ajouter aux complications. Le Gouvernement ne permet pas la sortie des wagons hollandais; pour le transport par chemin de fer, on ne saurait donc compter que sur les wagons allemands. Mais ils sont rarement disponibles. Dans bien des cas, on doit recourir aux bateaux, qui sillonnent les nombreux canaux dont est parsemé le pays. Ce mode de transport, d'ailleurs assez incommode pour le déchargement, a l'inconvénient de la lenteur.

D'autre part, la situation nous impose des achats globaux, à faire sans tarder. Car les Hollandais commencent à craindre de ne pouvoir plus importer de maïs, ils devraient alors conserver toutes leurs pommes de terre, pour alimenter leurs bestiaux, et en interdire complètement l'exportation. Il faut donc acheter avant que cette crainte prenne corps, et acheter de grosses quantités, au risque de perdre une partie de la marchandise. Outre ces aléas, un tel achat implique un fort débours. Comment et avec quoi le payer?

Vous voyez que nous n'exagérons pas quand nous disons que l'exportation des pommes de terre de Hollande présente de grosses difficultés. Et pourtant, actuellement, si nous voulons des pommes de terre, nous n'en trouverons pas ailleurs qu'en Hollande. Aussi, c'est là que nous sommes allés en quérir. M. Fleskens aura été notre bon ange, en cette affaire. Il va faire tous ses efforts, pour compléter les envois qui ont lieu en ce moment, et les porter à un total de 10,000 tonnes, dont 3.000 pour le District de Valenciennes, et 7.000 pour celui de Lille. Ces dernières seraient réparties: 3.500 tonnes à Lille, 2.100 à Roubaix, 1.400 à Tourcoing. Cet achat de 10.000 tonnes ne coûte pas moins de 1.700.000 frs, qu'il faut payer en bon argent. Ce bon argent, c'est la Commission for Relief in Belgium, autrement dit le Comité Américain central, fonctionnant à Bruxelles, qui consent à le fournir. Nous espérons, de la sorte, pouvoir distribuer, dans notre District, quelques kilogrammes de pommes de terre par personne au taux de vingt centimes le kgr.

Autre nouvelle, que nos lecteurs accueilleront aussi sans désagrément. La question de l'introduction des vaches laitières, dont nous avons parlé il y a deux semaines, a fait quelques progrès. Après avoir obtenu la garantie contre toute réquisition, demandée à l'autorité allemande, la C.R.B. s'est entendue avec la Hollande pour pouvoir acquérir dans le pays 150 bêtes, qu'elle va nous expédier. Nous comptons avoir quelques prairies réservées; nous nourrirons nos vaches en partie avec le son de nos moulins; nous pourrons également importer 20.000 tonnes de tourteaux. Il est inutile de dire que la C.R.B. nous impose une condition à laquelle nous avions souscrit d'avance: ce lait naturel sera strictement réservé aux enfants.

Il est écrit que les membres du Comité Américain feront tous les métiers: meuniers, boulangers épiciers, bouchers, marchands de poisson, cuisiniers de petits plats pas chers et succulents, commis de magasins de chaussures et de vêtements... Ils vont se mettre à traire les vaches! Et après tout cela, il se trouvera encore des grincheux pour dire que nous ne sommes bons à rien!

Mais reprenons le ton sérieux, que nous n'avions momentanément quitté que pour rire un peu de nous-mêmes, et demandons à nos lecteurs la permission d'adresser à nouveau et publiquement, aux Américains de la C.R.B. et aux gens de coeur, tels que M. Fleskens qui consentent à les seconder dans leur oeuvre, l'expression de toute notre gratitude.

Le Comité.


Avis du Comité d'Alimentation