En effet, le lait frais contient des microbes, entre autres, celui de la tuberculose, capables d'infecter les êtres vivants qui le boivent. Le lait en poudre n'est pas complètement aseptique, il est vrai, mais il est absolument dépourvu de germes pathogènes. A cet avantage, il joint celui d'une très grande digestibilité. Le dessèchement ne lui fait rien perdre de ses qualités nutritives, tandis qu'il le met à l'abri de la fraude, écrémage et mouillage, si pratiquée un peu partout. Suivant une expression pittoresque, «le lait desséché, c'est une vache dans un placard». Et de fait, dans les villes, le lait, sous cette forme, se conserve et se trouve toujours sous la main en cas de besoin urgent.
C'est surtout dans l'alimentation des jeunes enfants et même des adultes souffrant de certaines maladies, que le lait en poudre montre toute sa supériorité. Suivant qu'on a affaire à un bébé sain ou mal portant, on peut, grâce à lui, modifier l'alimentation. Les poudres peuvent être en effet, mi-grasses, grasses ou maigres. On suit aussi, beaucoup mieux, les indications données par l'état général de l'enfant qu'on élève. Aussi, partout où il a été employé avec méthode et discernement, constate-t-on une diminution considérable dans la mortalité infantile. A Gand, par exemple, le taux était de 350 décès sur 1000 enfants. Le lait bouilli, appliqué dans une crèche de cette ville, ne donnait plus que 260 décès pour 1000. Le lait stérilisé a abaissé ce chiffre à 140. Enfin, l'emploi du lait desséché, en 1908, l'a fait tomber à 34 pour 1000, où il se maintient depuis.
Le Belgicisme
Le «Belgicisme», ou façon de parler le français de nos excellents voisins les belges, qui nous fait parfois sourire, bien à tort, mériterait, en vérité, plus d'égards qu'on ne lui en accorde d'ordinaire, si on voulait bien se souvenir qu'il est, le plus souvent, du français véritable, du français vieilli, dont l'usage s'est perdu (désuet), mais qui s'est conservé en Belgique.
Une des caractéristiques du belge est une initiative hardie, tout adjectif, tout participe lui semblant bon à former un adverbe.
Il dit erronément, outrément, préparatoirement. Le premier de ces mots s'employait encore chez nous au seizième siècle.
On rencontre, en Belgique, certains noms de professions, qui ont eu une origine ancienne: friserie, pour boutique de coiffeur; parapluiterie, casquetterie, panneterie s'expliquent d'eux-mêmes. Le livrancier est le commerçant qui livre à domicile; le poulier vend des poules; le légumier et le verdurier font commerce de légumes. Tout cela est fort logique et enrichit la langue.
Les verbes contribuent également à l'assouplissement de notre commun idiome: C'est ainsi que d'enseigne, on tire enseigner. «Une maison à usage d'hôtel enseignée au cheval noir». On dit acter, pour dresser un acte; arborer, pour l'action de planter des arbres; écoler pour instruire; procéder pour faire un procès; scrutiner pour voter; instiguer pour se livrer à des instigations; indaguer pour faire une enquête; perdurer pour durer longtemps. Tous ces verbes furent jadis en France d'un usage courant.
L'initiative belge va plus loin encore; elle crée des substantifs dont il n'existe plus que les verbes correspondants: agréation, action d'agréer; fabricat, objets fabriqués; accès, faculté de voir ou de recevoir quelqu'un, deux jours sans accès (où la visite n'est pas permise), dit-on à Bruxelles. On emploie en outre fréquemment le suffixe négatif: inchangé, infondé, et aussi le suffixe péjoratif: se méconduire, pour se mal conduire mal.