Monsieur le Maire,
C'est le 5 mai 1915 que le Comité Américain a commencé ses distributions au public dans le District de Lille. Il est facile à chaque Comité local d'établir le compte des produits qu'il a reçus et répartis depuis 12 mois aux habitants. Nous ne doutons pas que la grande majorité de vos concitoyens n'ait à se louer de l'activité et du zèle déployés par vos collaborateurs, et ne se rende compte de l'importance des services rendus par eux dans l'intérêt général.
Quant à nous, qui sommes constamment les témoins du dévouement apporté dans leur tâche par les Américains de la C. R. B., nous voudrions pouvoir montrer matériellement, tout ce que nous devons à leur si efficace générosité. C'est le cas de dire que les chiffres ont leur éloquence. Depuis un an, la population de notre District a oscillé entre 673.000 et 660.000 âmes. Sans doute, le Comité Américain n'a pas la prétention d'avoir subvenu à tous les besoins d'une pareille agglomération. Il lui a cependant assuré l'essentiel, et cet essentiel représente un sérieux amoncellement de marchandises.
Veuillez informer les habitants de votre commune que le montant de nos achats dépasse 50 millions de francs. Cette somme énorme équivaut à un poids respectable de produits, que nous allons nous contenter d'énumérer.
Kgr. Kgr.
Blé .... 55.979.788 Pâtes . . 113.327
Farine ... 17.898.917 Sucre. . 1.003.707
Farine de maïs 1.215.260 Levure.. 51.490
Céréaline ... 1.292.925 Huile.. . 100.982
Riz .... 9.271.782 Savon. . 667.674
Pois et lentilles. 873.686 Carbure . 30.000
Haricots.. 2.542.806 Harengs.. 420.978
Lard.... 3.186.119 Poissons frais 83.910
Saindoux.. 2.717.450 Soude ... 141.600
Viande ... 694.103 Sel.... 37.425
Lait .... 1.295.653 Vinaigre.. 11.753
Café.... 2.105.968 Produits divers 77.103
Phosphatine . 16.800 -----------
Total. . 101.779.215
Nous ayons donc reçu et distribué, en détail, plus de 100.000 tonnes de marchandises, soit le chargement de 10.000 wagons, ou celui de 340 péniches flamandes, bien remplies. Au seuil de l'année écoulée, le Comité Américain se doit à lui-même de donner ces renseignements aux consommateurs qui ont bénéficié de son action.
Nous demandons à chacun de se représenter la masse de travail et d'efforts que l'achat, le transport, et la répartition de tous ces produits ont rendu nécessaires. C'est aux Américains de la C. R. B. qu'il faut en reporter le mérite. Que d'obstacles surmontés, que de difficultés vaincues! Et n'avons-nous pas mille fois raison quand, au nom des 660.000 habitants du District, nous affirmons à ces généreux citoyens de la grande République, toute notre reconnaissance chaleureuse? Nous y associons le Comité national belge de Secours et d'Alimentation, parrain du Comité Français, qui, après avoir favorisé sa naissance, s'est toujours montré si aimable et si désintéressé à l'égard de son filleul.
Le Comité Américain a fait beaucoup, et il est parvenu à des résultats dont il peut s'enorgueillir. Depuis le 5 mai 1915, il a assuré à tous les habitants leur pain quotidien, sans un seul jour de manque ni de fléchissement, et il leur a fourni un aliment qui peut soutenir la comparaison avec le pain du temps de paix. Sans doute, la ration hebdomadaire primitive, fixée d'abord à 1.750 grammes, était bien faible. Mais nous avons obtenu de la faire augmenter rapidement, pour arriver presque à la doubler. Nous avons approvisionné la population d'un certain nombre de denrées indispensables (riz, farineux, lard, saindoux, café, sucre, lait, etc...), si bien qu'actuellement, d'après les calculs des physiologistes, ce que nous distribuons suffit à couvrir les deux tiers environ des besoins alimentaires de l'ensemble de nos concitoyens. Nous aurions voulu faire davantage, la C. R. B. a secondé nos efforts, sans pouvoir réussir complètement. Ce que nous avons réalisé n'est pourtant pas négligeable, et nous nous demandons avec angoisse ce qui serait arrivé, si une organisation semblable à la nôtre n'avait pas fonctionné.
Car, à côté de la subsistance matérielle, le Comité Américain a donné à la population la certitude morale qu'elle ne mourrait pas de faim. Son existence et son fonctionnement ont relevé les courages. Au milieu des circonstances les plus tristes, les uns et les autres ont senti l'action d'un organisme, tout de solidarité, qui s'ingénie sans cesse à atténuer les misères. C'est un grand service, qui s'ajoute aux autres. Non seulement nous avons pu répartir des denrées au prix du gros, et permettre d'acheter les aliments nécessaires aux personnes réduites à de faibles ressources, mais la générosité de la C. R. B. nous a maintes fois permis d'apporter une aide gratuite. C'est au profit des petits enfants, que nous nous sommes efforcés de diriger la distribution de lait conservé. Tous les pauvres gens ont reçu un peu de charbon par les soins du Comité, et bien des habitants ont accepté avec plaisir et gratitude les quelques objets d'habillement que nous leur avons distribués, au nom des généreux donateurs d'Amérique. Nous pourrions citer encore de nombreux exemples où, nous inspirant des préceptes et des tendances de la Commission Américaine, nous avons manifesté les sentiments de solidarité qui nous lient et qui lient la C. R. B. et le Comité National Belge à toute la population civile des territoires occupés. Ce qui a été fait depuis un an, garantit l'avenir à cette population. Justement fier des résultats obtenus, le Comité du District de Lille peut l'assurer que, pour tout ce qui dépendra de la Commission for Relief in Belgium et de lui-même, il continuera à s'efforcer d'appliquer les mêmes principes, et à soulager les misères matérielles de toutes ses forces. Il remercie les Français du Nord de la confiance qu'ils lui ont témoignée jusqu'à présent, et leur demande encore une fois de saluer en leur nom, avec reconnaissance, les dévoués Américains de la C. R. B. et les amis belges du Comité National de Bruxelles.
Veuillez recevoir, Monsieur le Maire, pour vous et pour les habitants de votre commune, l'expression de nos sentiments de solidarité et de sympathie.