Comité Américain.--Vente de chaussures
Nouvelles dispositions

Les inscriptions pour l'achat des chaussures américaines seront terminées aujourd'hui dans tous les locaux de pain. Le classement des inscriptions déjà connues a réservé plus d'une surprise au Comité qui, devant l'abondance extraordinaire des demandes, se voit contrait de prendre, dès maintenant, de nouvelles dispositions afin de ne pas dépasser les limites de son approvisionnement.

Le Comité met en vente à Lille (pour la Ville et les communes avoisinantes) 8000 paires de chaussures sur les 30.000 du District; on peut prévoir qu'il y aura 16.000 inscriptions, rien que dans la Ville. Il est bien clair que tout le monde ne peut être servi. Pour résoudre le problème, le Comité base ses nouvelles règles de distribution sur les tableaux mêmes des desiderata du public.

Dans les locaux où l'inscription est achevée et qui peuvent servir de types, les résultats font ressortir deux faits inattendus: d'abord, le nombre exagéré des demandes faites par les chômeurs; ensuite, la disproportion étonnante entre les demandes en chaussures de femmes et les demandes en chaussures d'enfants.

1º En ce qui concerne les chômeurs, notre premier projet n'avait pas voulu les écarter complètement de la vente. Nous voulions simplement, par certaines dispositions restrictives, leur faire comprendre qu'ils auraient le plus grand intérêt à attendre les distributions gratuites auxquelles ils participent en majorité. Notre conseil indirect a sans doute été mal compris, car il est très surprenant de constater que, dans un local, par exemple, il y a 145 demandes de chômeurs sur 308 demandes totales, c'est-à-dire près de la moitié; et, d'autre part, il est encore plus surprenant de constater, par l'examen des demandes individuelles, que nombre de chômeurs émettent la prétention d'acheter des chaussures à 20 et 25 fr. Ou le chômeur est réellement chômeur et comment peut-il acheter des chaussures à ce prix? Ou il achète pour revendre ou par complaisance. Dans un cas comme dans l'autre, ses prétentions sont inadmissibles. Nous savons du reste qu'un trafic s'est déjà préparé sous le couvert de ces achats. Pour y couper court et pour laisser en même temps à plus de personnes le bénéfice des distributions gratuites, le seul remède imposé par les faits nous a semblé être d'écarter intégralement tous les chômeurs de la vente.

Cependant, en prévision de leurs besoins indéniables, nous mettrons à leur disposition, le moment venu, non seulement un certain nombre de chaussures données par la C.R.B., mais encore d'autres chaussures offertes par le Secours National et enfin des sabots dont le Comité vient de faire la commande, la semaine dernière, en Belgique, en attendant qu'il puisse se procurer le complément en Amérique.

2º Quant à la disproportion entre les demandes en chaussures de femmes et les demandes en chaussures d'enfants, elle atteint, dans un local, jusqu'à 6/7e pour les premières, ne laissant que 1/7e pour les secondes. Or, à l'heure actuelle, la population comporte un nombre d'enfants égal à celui des femmes. Nous avons donc l'impression que, dans leurs demandes, beaucoup de mères de famille ont songé à elles plutôt qu'à leurs enfants. Cependant, les magasins de la ville ne sont pas mieux pourvus en chaussures d'enfants qu'en autres chaussures (on l'a reconnu au moment des premières communions) et, d'autre part, les besoins des enfants sont aussi larges que ceux des femmes, puisque l'on sait que certains enfants manquent l'école, faute de chaussures.

Sans vouloir insister davantage sur le côté moral de la question, en nous en tenant au point de vue pratique, nous déclarons simplement qu'il nous est matériellement impossible de satisfaire aux prétentions exagérées des femmes, attendu que les quantités envoyées par la C.R.B. comprennent seulement 1/4 de chaussures pour femmes contre 3/4 pour enfants, garçons et fillettes.

En conséquence, dans la mise en vente des chaussures aux personnes ne participant pas au chômage, le Comité suivra les règles que voici: