Certes--et sur ce point nous sommes tous d'accord--il y avait une réforme à apporter. Il était juste de songer à modifier nos heures de lever et de coucher, nos heures de travail, quand arrive la bonne saison.
Cependant, cette idée est déjà mise en pratique, depuis les temps les plus reculés, par la moitié du genre humain. Est-ce que nos populations agricoles ne modifient pas leurs heures de travail, suivant les saisons. Et même, dans les villes, est-ce que grand nombre de citadins ne se lèvent pas plus tôt en été qu'en hiver, est-ce que certaines manufactures n'ouvrent pas leurs portes plus tôt en été qu'en hiver?
Il s'agissait donc uniquement de généraliser le système. Pour le généraliser, le moyen était simple: il était sans doute trop simple.
Il suffisait de décider, par une loi, que du 1er Mai au 31 Août, les administrations de l'Etat ouvriraient et fermeraient leurs bureaux une heure plus tôt, puis d'inviter les particuliers à faire de même dans les grandes exploitations, les usines, les manufactures, etc.
De cette façon, du 1er Mai au 31 Août, les trains qui partaient à 7 heures seraient partis à 6 heures, les bureaux des ministères, des préfectures, bref de toutes les administrations auraient ouvert à 8 heures au lieu de 9 heures, les cours des écoles auraient commencé à 7 heures, au lieu de huit heures, etc., de même les heures de fermeture auraient été avancées d'une heure.
C'était sage de modifier les horaires, c'est absurde de modifier l'heure.
Le résultat cherché était obtenu, sans pour cela donner un coup de pouce, deux fois par an, à nos horloges et à nos pendules, sans faire marquer à notre montre une heure, quand le soleil marque midi au Zénith. On avait autrefois proposé l'heure unique pour le monde entier; on a repoussé l'idée, parce que l'heure a toujours été dépendante du soleil. Elle varie avec les méridiens et chaque pays a son heure qui se rapproche le plus possible de l'heure solaire, l'heure exacte.
Votre aimable correspondant aurait pu fumer tout aussi tranquillement sa pipe, goûter avec autant de sérénité ce repos qui lui est si cher, si, au lieu de 7 heures allemandes, sa pendule avait marqué 6 heures françaises.
Tel est l'opinion de M. Minutin. Il espère que plus tard, il se trouvera un homme jeune et actif pour entreprendre une formidable pétition, conjurant les Chambres de ne plus détraquer, ni nos pendules, ni nos cerveaux.
Dans l'espoir que vous voudrez bien insérer cette réponse, agréez etc.