On dit que depuis hier M. le comte de P..... se sent le timbre fêlé.
M. de Saint-Chamans, que Figaro appelle tantôt monsieur de C’est-charmant ou monsieur Tant-mieux, avait été un des plus chauds partisans, un des défenseurs les plus opiniâtres du projet de loi sur la presse. Ce surnom de Tant-mieux lui venait d’une phrase malencontreuse prononcée à la tribune: «Le projet de loi,» s’était-il écrié, «empêchera, dit-on, tout à la fois les bons et les mauvais livres, les bonnes et les mauvaises maximes; tant mieux.» (Explosion de murmures.) «Oui, Messieurs,» répète M. de Saint-Chamans avec plus de force, «tant mieux! tant mieux! tant mieux! Tous ceux qui croient, en politique comme en religion, doivent croire sur la parole seule de l’autorité légitime.»
Franchement une telle profession de foi valait bien quelques épigrammes.
M. de Sallaberry, dont il est question quelques lignes plus haut, était aussi fort partisan de la loi. C’est lui qui avait comparé l’imprimerie au manioc, d’où le surnom de M. Manioc que lui donnèrent les petits journaux de l’époque. C’est lui encore qui, dans le même discours, s’écriait avec véhémence: «Redoutons, Messieurs, le fléau de l’imprimerie, seule plaie dont Moïse oublia de frapper l’Egypte.» (Interruptions et éclats de rire.)
ÉPITAPHE.
Entêté, ridicule, ennuyeux,
Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux,
Qui voulait que lui seul sût lire.
Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire,
Tout fier de leur effet, il s’écriait: Tant mieux!
Je suis un fou: Tant mieux!
Un sot même. Tant mieux!
Tant mieux! tant mieux! tant mieux!
Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire,
Qu’à l’instant où la mort vint lui fermer les yeux,
Il bégayait encor: Tant mieux!
COUPS DE LANCETTE.