Il faut viser haut, pour atteindre plus bas, on tire au ciel. C’est à Dieu qu’on s’attaque, les rois suivront Dieu en exil. Et, par ma foi! Dieu fut forcé d’émigrer, et aussi ses ministres, et aussi les rois, et aussi les nobles. Et l’esprit français dansa la carmagnole sur l’emplacement de la Bastille.

Nous sommes en pleine révolution, mais la Terreur n’a pas fait taire l’esprit. Il naît de la révolte, et Dieu sait si on se révoltait alors! Ceux même qui avaient poussé à la roue essayèrent d’enrayer alors, trop tard.—«Sois mon frère, ou je te tue,» s’écria Champfort. Il préféra se tuer lui-même.

Cependant les victimes apprenaient à mourir avec grâce, elles faisaient des mots sur la charrette et presque sous le couteau. Et quels mots! Samson lui-même, le royaliste, en riait sur sa machine.

Or la machine elle-même était une idée nouvelle, une innovation. On réformait tout, même le supplice. Mourir par la potence, fi donc! Il fallait mieux.

L’excellent docteur Guillotin se trouva là fort à propos; grâce à lui, on put éternuer dans le sac.

Les faubouriens baptisèrent la machine, non avec l’eau du Jourdain, hélas! mais avec du sang, et l’esprit français, devenu féroce, fut le parrain. La hideuse machine s’appela guillotine.

Il y avait eu, disons-le, un instant d’hésitation. Quelques-uns avaient voulu lui donner le nom de Mirabelle. Le jour où courut cette plaisanterie, Mirabeau devint plus laid encore de colère. Mirabelle!!! encore un peu, il se ralliait sans pot-de-vin.

Le nom du docteur Guillotin prévalut. Il était dans les destinées de ce brave homme d’être le parrain de quelque institution; il faillit l’être de la vaccine, c’eût été un grand bonheur pour lui. On ne dirait pas aujourd’hui: J’ai été vacciné, mais bien: J’ai été guillotiné. Le verbe se conjuguerait au passé, ce qui est maintenant impossible.

Le mot de Mirabelle, qui exaspéra le tribun, avait été mis en avant par un petit journal d’aristocrates, les Actes des apôtres. C’est que, du jour où ils avaient été à leur tour opprimés, les nobles s’étaient mis à avoir de l’esprit; il leur était venu avec le danger, comme toujours:—«Honnêtes républicains, avaient-ils dit, embrassons-nous, nous allons ôter nos culottes.»

Le petit journal eut encore un beau moment sous le Directoire, mais ce ne fut qu’un moment. L’Empire était venu.