ÉPITAPHE.
Ci-gît un maréchal de dévote mémoire,
Qui lisait son bréviaire avant d’aller au feu;
Pour monter aux honneurs on dit qu’il crut en Dieu,
Et qu’on lui paya cher cette œuvre méritoire.
Pour mourir en chrétien, ce héros circoncis
Se fit ensevelir dans un sarreau de serge,
Puis il entra tout droit en paradis
A cheval sur un cierge.
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Depuis le commencement de cette année 1827, M. Villèle sentait le pouvoir lui échapper. Bien des fois déjà sa position avait été menacée, mais jamais aussi sérieusement. Toujours quelque compromis l’avait sauvé. Il est vrai que, pour se maintenir, il n’avait reculé devant rien. Depuis longtemps il avait fait litière de ses convictions et de ses principes. Lui, qui se flattait de gouverner, il n’avait jamais fait qu’obéir à la pression du parti le plus fort. Sa carrière ministérielle ne fut qu’un long sacrifice à sa dévorante ambition.
Mais, à la fin de la session de 1827, il comprit au vide qui se faisait autour de lui que l’heure de sa chute était proche. Il récapitula les défaites du ministère et fut épouvanté. Un ambitieux, cependant, ne rend pas les armes sans combat; M. de Villèle se résolut à frapper un grand coup, à oser. L’heure des concessions était passée; toutes les combinaisons, toutes les tentatives étaient usées; un coup d’État pouvait seul lui conserver le portefeuille. Mais ce qui, dans sa pensée, devait le sauver le perdit. Lui-même hâta sa ruine en précipitant les événements.
Six mois avaient suffi au ministère pour perdre sa majorité dans la Chambre élective; la Chambre des pairs résistait en face.
M. de Villèle entreprit de briser ces deux oppositions. D’un seul coup, soixante-seize pairs furent nommés. Cette fournée devait rendre la majorité aux ministres du roi. Le même jour, une autre ordonnance prononçait la dissolution de la Chambre et convoquait les colléges électoraux pour nommer de nouveaux députés.
Protégé par la censure,—retirée par ordonnance du même jour,—M. de Villèle avait eu le temps de préparer les départements, ses agents intriguaient partout, il se croyait sûr des élections.
Les événements allaient tromper son attente.