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M. Vil... fait quelques corrections au calendrier, il vient de changer le jour des Morts.
CORRESPONDANCE MILITAIRE
JEAN PICHU A SES PARENTS.
Jeudi, 29 novembre 1827.
Respectables parents,
I n’y a qu’un mois et un jour que je sui-t-au service, et l’on vient déjà de m’lancer au feu. Attention!... J’vas vous narrer la chose. V’là qu’à dix heures du soir not’ coronel mont’ sur son grand cheval de bataille. «Fantassins.... qui dit.... i n’s’agit pas d’ça: la patrie est en danger; i faut nous mett’en route.» Moi, j’étai-t-en train d’jouer à breling-chiquet; j’plante la partie là, et je cour-t-aux armes. Nous défilons tous en silence, tambour battant, le long d’not’faubourg, et nous faisons, une pause au coin d’la rue St-Denis, qui ce jour-là était tout illuminée d’lampions comme un volcan. Alors j’apercevons çà et là pas mal de péquins (sauf vot’ respect), qui avaient l’air de t’nir conciliabule... A c’te vue, le ventr’ commence à me grouiller... mais, à mesure que nous avançons, v’là les péquins qui fouinent... ça me donne du courage. Une échelle barre not’marche triomphante; all’ nous sert à monter à l’assaut... oui; mais on fait d’la résistance... Pour lors, not’ coronel qui n’ s’embête pas dans les feux d’file, nous crie: En joue... feu!... Moi, j’tire!... pass’que, voyez-vous, mes bons parents, l’soldat est un état à part; nous sommes tous des automates, comm’ dit not’ coronel, qui d’vons toujours obéir sans préambule. Après cett’ petite charge, nous nous précipitons sur les fuyards à travers les lampions. Au détour d’une rue, moi, j’vois un bergeois en retard... j’veux l’empoigner.... Pan! i m’donne un soufflet soigné, et s’sauve en m’appelant blanc-bec, dont j’ai la joue encore tout’ rouge. V’là pour le premier jour. Le lend’main, c’est à r’commencer. Je r’çois un éclat de pétard sur l’œil gauche, et pour changer j’ai la figure toute noire. L’troisième jour, même manége; mais i n’y avait plus personne. Stapendant, on me place t’en faction pendant quatre heures d’horloge, ousque j’attrapai un rhume de cerveau; j’battis la semelle avec un brave marchand de marrons en plein vent, qui m’permit d’prendre un air de feu à son fourneau. J’y brûlai un pan de ma nouvelle uniforme. J’croyais qu’à l’odeur du roussi mon coronel allait m’fourrer aux z’haricots... au contraire, i m’fit carporal sur le champ de bataille. Bref, je suis présent’ment à l’hôpital pour guérir ma chienne de catarrhe. Envoyez-moi de la bonn’ réglisse vivement.
Adieu, papa, maman; je suit en toussant votre fils bien-aimé.
Jean Pichu, fantassin.