«Au milieu de cette pièce, le roi joue au whist. Sa vieillesse ne lui a fait perdre ni cette politesse exquise que la cour admira toujours en lui, ni ce caractère aimable et facile, qui lui a conservé les mêmes liaisons dans les différentes vicissitudes d’une vie fort agitée.

«Semblable à la duchesse de Bourgogne, qui aimait à bannir de la cour du grand roi le sérieux que les querelles dogmatiques y répandaient, la sémillante duchesse de Berry voudrait communiquer un peu de sa gaîté à cette réunion parfois monotone.

«Cette petite société qui se réunit chaque soir chez le roi, et lui offre l’élite de la fidélité, compose maintenant la cour. Toute la noblesse française brillait autrefois à Versailles; mais les motifs de radiation sous le Directoire, mais la soumission au Consulat, mais l’encens prodigué au chef de l’Empire, n’ont laissé qu’à un très-petit nombre de persévérants dans la carrière de la légitimité, le droit d’approcher journellement de Charles X.

«Un publiciste anglais attribue la solitude du palais des Tuileries à la profonde piété des membres actuels de la famille royale. Telle est, d’après ses observations, la cause qui a communiqué tant de gravité au plus auguste des cercles. Les plus nombreuses réunions se composent à peine d’une vingtaine d’individus, presque tous attachés par des bienfaits à la famille royale.

«Parmi les femmes qui ont l’honneur d’être invitées, trois ou quatre fois la semaine, au jeu du roi, quelques-unes se plaignent en rentrant chez elles de l’ennui qu’on éprouve au château; mais qu’elles réfléchissent, comme le dit très-bien la Revue britannique, à ce que deviendraient leurs propres salons, si les conversations y étaient circonscrites dans le cercle de la chasse et des petites chances d’une partie de cartes. Madame la duchesse d’Angoulême est la seule personne qui, de temps en temps, parle de politique. Comme elle lit les discours prononcés dans la Chambre des pairs, elle demande quelquefois à une des personnes présentes son avis sur tels ou tels discours de pairs libéraux. Par une basse condescendance pour les opinions qu’on lui suppose, on se plaît à lui répondre: Le discours est mauvais; cette princesse ne se montre pas sensible à ce genre de flatterie, elle répond assez ordinairement: Vous vous trompez, Monsieur, le discours est très-bon.

«Aux Tuileries, comme dans toutes les cours, ceux qui pensent le moins bien, ou qui affectent de penser le plus mal, sont les courtisans. Il n’y a que l’humeur facile et la bonne grâce de Charles X qui puissent tempérer un peu la gravité de ces cercles.

«On ne s’adressait point à Napoléon sans l’appeler Votre Majesté; Louis XVIII pensa que cette qualification avait été profanée: l’étiquette prescrivit dès lors de parler au roi à la troisième personne. Cet usage s’est maintenu sous son successeur; et, pour répondre à Charles X, on s’exprime ainsi: Le roi me faisait l’honneur de me dire, etc.»


COUPS DE LANCETTE.

On trouve que M. de Martignac est bien sujet à caution.