La Restauration, qui avait pris à tâche de faire la popularité de tous ses adversaires, n’avait garde d’oublier Béranger. Les précédents procès du chansonnier avaient été autant de triomphes pour l’opposition; peu importe, on lui en intenta un nouveau. Et pourquoi? Pour la chanson de l’Ange gardien. Toute la culpabilité reposait sur une interprétation. Il est vrai qu’on lui reprochait aussi le Sacre de Charles le Simple, les Infiniment petits et la Gérontocratie.

M. de Champanhet, avocat du roi, prononça le réquisitoire.

En dépit de la courageuse éloquence de son défenseur, Me Barthe, Béranger fut condamné à neuf mois de prison et à dix mille francs d’amende.

Cette condamnation si sévère ne satisfit pas pourtant le parti ultra-monarchique, qu’indignaient les ovations dont le poète était l’objet. Des souscriptions s’organisaient au grand jour pour payer les dix mille francs.

«Quelle folie! avait dit un grand seigneur, un petit écu d’amende et vingt ans de basse-fosse: voilà comment on devait punir ce rimailleur.»


Jeudi, 11 décembre 1828.
BÉRANGER CONDAMNÉ.
La scène est dans un café.

L’EX-VIDAME DE MONTMORILLON.

J’en arrive, mon cher ami, le félon sera puni.

L’EX-BAILLI D’ÉPÉE DE TOULOUSE.