La prison, c’est le refrain que le ministère public ajoute à toutes les chansons de Béranger.


Dimanche, 28 décembre 1828.
SOUSCRIPTION BÉRANGER.

Béranger vient d’être écroué à la Force. Si tous les admirateurs de son génie, tous les appréciateurs de son caractère pouvaient se partager la durée de sa peine, sa captivité ne serait pas longue; puisqu’il n’en peut être ainsi, que du moins il soit permis de donner à ce poète national et populaire une preuve de l’amitié qu’on lui porte. Le public aimait à se persuader que ce n’était pas sur la modique fortune du chansonnier que pesait cette énorme condamnation pécuniaire de dix mille francs, si nouvelle dans les fastes judiciaires et si peu d’accord avec nos mœurs. Cette illusion doit cesser. Béranger n’a jamais consenti à ce qu’un libraire, en se rendant responsable de ses œuvres, acquît le droit d’en permettre ou d’en empêcher la publication. Cette circonstance, déjà révélée dans le débat, se trouve pleinement confirmée; il faut donc pourvoir au paiement de cette amende. Qui ne sera heureux de concourir à une souscription dont le but est de conserver à notre poète la modeste indépendance acquise par ses travaux.

On ne doit pas se méprendre sur le caractère de cette souscription: elle n’est point une protestation contre le jugement; non qu’on puisse contester au public le droit de s’élever contre des jugements qu’il n’approuve pas, mais il ne convient pas aux amis de Béranger de faire ce que Béranger n’a pas fait lui-même; ils doivent se résigner comme lui. L’acte auquel nous proposons au public de s’associer est un témoignage d’intérêt à l’homme, un hommage au poète que nous n’avons pu lire sans l’aimer. Notre appel sera entendu de toutes les classes de la société, et surtout de celle pour laquelle Béranger a toujours éprouvé une si vive sympathie, et dont il a si bien chanté les travaux, les peines et les sentiments patriotiques.

Les souscriptions seront reçues au bureau de ce journal, et le montant sera versé chez M. J. Laffitte et chez M. Bérard, membres de la Chambre des députés, chargés de les remettre à destination.


ÉTRENNES DE NICOLAS.

Nicolas fait la guerre en conscience,
Il voudrait, pour son jour de l’an,
Prendre Constantinople en dépit du sultan.
Il fera bien, d’abord, de prendre... patience.