Cette situation, on la devait au ministère Martignac, à ses efforts, à ses déclarations, aux gages qu’il venait de donner, aux garanties consenties pour l’avenir. On lui tenait compte de la sincérité des élections, de la liberté de la presse.
L’horizon politique se dorait des plus décevantes espérances. Mais ce fut une courte trêve. Charles X supportait avec impatience le cabinet Martignac; il disait volontiers à ses favoris que de tels ministres compromettaient la dignité de la couronne. Bientôt, il voulut les contraindre à revenir sur toutes les concessions, à retirer une à une les garanties données. Ainsi il dépopularisa un ministère populaire, ainsi il lui enleva la majorité à la Chambre. Déjà cependant il avait d’autres projets, il songeait à d’autres hommes. Les ministres le comprenaient. «Nous ne sommes, disaient-ils, qu’un cabinet de transition.» Ils savaient bien le nom des hommes sur lesquels le roi avait jeté les yeux. Ils devaient être le trait d’union entre le ministère déplorable et le ministère incroyable.
Le ministère incroyable devait être présidé par M. de Polignac. C’est au descendant de la favorite de Marie-Antoinette que Charles X allait confier la destinée de la royauté légitime. Ce choix, connu dans le public, soulevait l’opinion, ce nom de Polignac semblait gros de catastrophes. Aussi, jusqu’au jour où le cabinet incroyable sera officiellement constitué, allons-nous voir le Figaro attaquer de toutes les forces de son esprit l’homme et ses tendances.
1er janvier 1829.
LES VŒUX.
..... Pourquoi donc te faire des vœux à toi-même, Figaro? le monde, plus que jamais, n’est-il pas de ton domaine exclusif; plus que jamais, n’est-il pas rempli de charlatans? regarde! Les charlatans tout partout, à la tribune, au barreau, au théâtre; à la Sorbonne, surtout: les uns vendent de la constitution, les autres du despotisme; celui-ci de la modération, celui-là du matérialisme; son voisin, de la philosophie et de l’éclectisme.
Cependant, voilà mes souhaits de bonne année:
Qu’il y ait toujours en France un Opéra, des fermiers de jeu, des faiseurs de vers, des maîtres de philosophie et de méchants comédiens;
Que M. Sosthène se maintienne aux Beaux-Arts; M. de Vaulchier, aux Douanes; M. Marcassus de Puymaurin, à la Monnaie; M. Amy, au Conseil d’Etat;
Qu’il se trouve toujours en France quelques milliers de bonnes âmes bien patientes et assez peu difficiles pour se contenter chaque jour d’un journal comme le mien.