Aussi jamais on ne vit inquiétude plus générale, irritation plus vive. Ce fut une panique universelle; toutes les transactions commerciales furent suspendues, il y eut à la Bourse, ce thermomètre de l’opinion, une baisse énorme.
Mais Charles X ne voulait rien voir, rien entendre. Il fermait les yeux à la lumière, il se bouchait les oreilles, pour que la vérité ne pût venir jusqu’à lui. «Malheureuse France, malheureux roi!» s’était écrié le Journal des Débats; ce cri éloquent résumait la pensée de tous, il devint comme le mot d’ordre.
Le premier moment de stupéfaction passé, il y eut une explosion de haines et de colères. On devinait trop les intentions du roi; la nomination du cabinet Polignac était une déclaration de guerre, on accepta la guerre.
Dès le lendemain, une foule de brochures inondèrent la France, dénonçant la royauté à l’opinion. C’étaient le Cri d’alarme, les Conseils au roi, la Biographie des nouveaux ministres, la Pol-Ignacide; Feu partout, voilà le ministère Polignac, et bien d’autres encore. Les journaux faisaient chorus.
En tête des plus hardis, il faut placer le Figaro. Le dimanche 9 août, il parut encadré de noir. Il prenait le deuil: était-ce de la constitution ou de la monarchie? Le numéro fut saisi, la transparence des allusions ne laissait aucun doute sur la pensée des rédacteurs. Cette saisie fut comme un brevet de popularité. Le lendemain le numéro valait dix francs et, comme on en tirait dans les caves, il en fut distribué plus de 10,000 exemplaires. Poursuivi, Bohain fut condamné à six mois de prison et à mille francs d’amende (29 août).
J’ai cru devoir donner le texte entier de ce numéro qui a conservé une grande célébrité et qui est devenu à peu près introuvable.
Dimanche, 9 août 1829.
On parle du rétablissement de la censure par ordonnance. Nous déclarons, n’ayant point à craindre les tribunaux, que nous braverons cette mesure, qui forcément doit être prise. Si nos presses sont enlevées d’assaut par les gendarmes, nous ferons composer et imprimer notre feuille dans les caves. Nos abonnés peuvent en tous cas être tranquilles; ils recevront le journal, dussions-nous le faire imprimer hors Paris, voire même en Belgique.
Paris, 8 août 1829.
NOUVEAU MINISTÈRE.