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Un auteur célèbre a dit que l’existence entière des jésuites fut un grand dévoûment à la religion et à l’humanité; ajoutez: et aux petits garçons.


Les vengeances et les colères d’une réaction furieuse donnèrent, sous la Restauration, un rôle des plus importants à la délation. Les délateurs, comme ceux de la Rome antique, sûrs de l’impunité, que dis-je, certains d’obtenir des récompenses et «des honneurs,» ne se renfermèrent pas toujours dans leur strict devoir. D’espions, ils devinrent agents provocateurs et, pour satisfaire leur «honnête ambition,» se mirent au service des rancunes. De là, des piéges honteux tendus à la crédulité d’une foule de malheureux, qui payèrent de leur tête le crime d’avoir écouté les propositions de misérables chargés d’organiser des émeutes et des complots, où d’autres misérables plus puissants qu’eux ramassaient dans le sang des victimes des croix et des cordons.

On est révolté au seul souvenir des crimes des cours prévôtales, en ce temps de terreur contre-révolutionnaire. Que de sang, à Grenoble! on y exécuta des hommes, des vieillards, un enfant, et plusieurs cependant avaient été reconnus innocents. A Lyon, on décima un village. Un député put s’écrier à la chambre: «Tous vos complots, jusqu’ici, ont été organisés par la police.» La droite ne dit pas non. Qui ne sait les tristes détails de la conspiration Berton, à Saumur; de l’affaire du colonel Caron! Ils avaient été vendus à l’avance.

«L’espionnage, disait M. de Montlosier dans son mémoire, était autrefois un métier que l’argent commandait à la bassesse; il est aujourd’hui commandé par la probité, par les devoirs que la congrégation impose. On assure que l’espionnage est devenu comme de conscience: on est prêt à lui donner des lettres de noblesse.»

En 1826, partout et toujours, l’opinion émue voyait des mouchards et des agents provocateurs.

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Samedi, 12 août 1826.

NOTES MANUSCRITES