TROISIÈME LAMPION.—Cela a-t-il dépendu de vous? Tenez, demandez à votre camarade qui, là-bas, jette un si beau feu entre deux lampions à moitié éteints.
QUATRIÈME LAMPION.—Messieurs, dispensez-moi d’être votre juge; j’ai pris le parti de brûler sans rien dire depuis que je me suis sottement compromis en 1815.
DEUXIÈME LAMPION.—Qu’aviez-vous donc fait?
TROISIÈME LAMPION.—Je vais vous l’apprendre, puisqu’il garde le silence.
QUATRIÈME LAMPION.—Non, morbleu! tu ne diras rien. Il convient bien à un obscur individu tel que toi d’oser railler un personnage de ma sorte.
TROISIÈME LAMPION.—Tu n’as pas toujours été si fier, ni placé à une aussi belle porte. Je t’ai connu appartenant à des gueux plus gueux que mes maîtres. (A part aux premier et deuxième lampions.) Ecoutez bien! écoutez bien: la colère va le faire parler mieux que son plus grand ennemi.
QUATRIÈME LAMPION, en fureur.—Infâme, ah! je n’ai appartenu qu’à des gueux! Sais-tu, drôle, que j’ai souvent brûlé pour le prince de T***. Une fois quand il était républicain, une fois quand il était bonapartiste, une fois quand il était royaliste.
TROISIÈME LAMPION.—Oui, mais, depuis qu’il n’est plus rien, il t’a chassé honteusement.
QUATRIÈME LAMPION, toujours en fureur.—Il m’a chassé! Dis donc que je l’ai quitté pour son successeur. Et le marquis de P***, qui a su perdre si à propos une bataille; et le comte de C***, qui a administré pour Pierre et pour Paul, et toujours avec le même zèle; et le baron de C***, qui a si bien parlé pour et contre; et le chevalier de C***, qui a reçu de toutes mains; et l’homme de génie B***, qui a chanté tout le monde; dis-moi, coquin, sont-ce des gueux que ces gens-là? Eh bien! tous ont été mes patrons, et plutôt trois fois qu’une. Quels titres as-tu à m’opposer, misérable?
TROISIÈME LAMPION.—Si je voulais me vanter, je trouverais peut-être....