La chose qui plus tost avance un esprevier, c’est ce que en la saison qu’il doit muer, l’en le paisse de deux jours en deux jours des glandes du col de mouton. Et toutesvoies dit-l’en que quant les plumes de la queue et des esles sont revenues, il souffist, car de son dos ne du surplus ne peut chaloir. Et lors il seroit plus grant dommage, qui le perdroit, quant l’en a eu tant de peine: et pour ce est-il le plus bel et le meilleur et le{v. 2, p.314} plus seur d’essaier sagement et cautement s’il se tendra paisible sur le poing, et le paistre dessus; sinon y remédier sagement, et le veillier[1561] et mettre au bas[1562]. Item, est le plus seur de le réclamer à la commande, car toute chose désire sa franchise et retourne de légier à sa nature, et pour ce s’en convient contregarder. Et aussi comme ils donnent plus de paine, aussi valent-ils mieulx que les autres, car iceulx sont enoiselés et congnoissent leurs oiseaulx, les chiens, chevaulx, et sont plus fors.

Puis que je vous ay parlé de la nature des espreviers que l’en dit nyais pour ce qu’ils furent pris ou ny, à présent je vueil parler de ceulx que l’en dit branchiers, ramages ou rameges, qui est tout un: et en après, je parleray des muiers[1563] d’une ou de pluseurs mues.

L’esprevier est dit branchier ou ramage[1564] pour ce que, quant il soit pris, il vole sur les rainceaux ou sur les branches. Et est certain qu’il convient que l’esprevier ramage soit enoisellé[1565] que l’en doie espérer qu’il descende à la muete des pans; toutesvoies, avant qu’il soit enoiselé, peut-l’en appareillier une belle place devant l’aire de l’esprevier, et quant il sera enoiselé tendre ses pans, et mettre en muette poucin ou pigon ou autre oisel à quoy{v. 2, p.315} il doie descendre. Et encores est il bon que près des guilles[1566] ait espreviers ou mouchets qui crient et volent, et par ce l’esprevier branchier descent plus tost à la muete. Et tantost qu’il est ou filé, il convient[1567] qu’il soit pris bien doulcement, et que l’un le tiengne par les esles du corps, et l’autre le prent par le becq et le cillera[1568]. Et incontinent lui convient mettre ses gets et sonnettes[1569], et le mettre et tenir sur le poing et remuer et garder qu’il ne dorme point, et luy offrir le vespre prouchain la char lavée en eaue tiède. Et se il se paist sur le poing, c’est le premier bon signe: et s’il ne se paist, il convient garder qu’il ne dorme et le veillier de nuit; et qui ne le peut toute nuit veiller, si le perche sur une perche branlant qui sera attachée à deux cordes par les deux boux, et tirera-l’en aucunes fois celle perche pour la faire branler, afin que l’esprevier ne dorme. Et quant il aura esté veillé une nuit ou deux et qu’il sera asseuré sur le poing et s’y paistra voulentiers, dès la deuxième fois qu’il sera peu le convient dessillier et le tenir entre gent, et garder qu’il ne dorme fors très petit. S’il est très bien asseuré, l’en le doit du tout asseurer[1570] et{v. 2, p.316} laisser à son aise, puis réclamer et gouverner comme dessus.

Et se l’esprevier qui ainsi est pris aux pans est mué de haye[1571], il convient qu’il soit mis au bas par veiller, et affamé[1572] par la manière que dessus, jàsoit ce qu’il soit plus fort à affaitier et n’est mie de si bon retour[1573] comme l’esprevier sor, c’est assavoir cellui d’un an[1574].

Toutesvoies, est-il bien aucuns espreviers qui dès l’année passée ont esté le plus tart couvés et ont esté si tardis que à paine ont-ils esté fors quant les premiers avoient jà fait leur saison, et ceulx sont mués de haye, et toutesvoies n’ont-ils point pont[1575] ne couvé en ceste année pour ce que leur jeunesse leur a tolu[1576], et sont pris aussi après leur mue. Et ceulx congnoist-l’en à ce que souvent advient que encores tiennent-ils du sor, c’est à dire de la plume de l’année précédent, et en ceulx peut-l’en avoir plus d’espérance que en ceulx qui sont plus vieils et ont plus volé ou sont de pluseurs mues, lesquels aucuns[1577] congnoissent bien et pour ce les refusent.

Item, il est assavoir que l’esprevier mué garde mieulx sa queue pour ce qu’il n’entre point au buisson après sa proie, mais vole par dessus: et l’esprevier nyais y entre.

Item, l’esprevier mué de haye a les yeulx rouges et les piés jaunes.{v. 2, p.317}

Aucunefois, d’aventure, sont prins les espreviers à la glus, et lors les convient desgluer l’une plume après l’autre, à la main, et que les[1578] dois soient moulliés en lait.

Or nous convient parler des muiers qui sont de deux manières, c’est assavoir les uns qui sont mués en la ferme[1579] et les autres qui sont mués de haye. Les mués en la ferme sont bons à voler et sont les plus riches[1580]. Les mués de haye sont congneus à ce qu’ils ont les yeulx plus rouges et les piés plus jaunes. C’est assavoir que iceulx mués de haye sont plus doubteux à voler, car jàsoit ce que ils aient esté bien silliés, bien veilliés et très bien réclamés à commande ou à recréance, qui est tout un, toutesvoies, quant l’en les fait voler, communément ils se essorent fort[1581] et adonc une bouffée de vent les emporte maulgré eulx, et tantost qu’ils ont perdu leur maistre, et mesmement si tost que d’eulx mesmes ils se sont peus une fois, ils sont retournés à leur première nature, ne puis ne veulent revenir au réclamer.

Esprevier hagart[1582] est celluy qui est de mue de haye: et s’il est d’un an, il tient du sor aucunement, car s’il ne tient du sor c’est signe qu’il tient de deux mues[1583]. Item, le mué a yeulx bien rouges, et bien jaunes les piés, et plus fortes et roides plumes et autrement coulourées{v. 2, p.318}; et voit l’en bien les plumes sorées[1584] parmi les autres, car elles sont noires par dessus, et les autres sont mieulx coulourées.