Le chevalier.

Damoiselle aincoires vous demande de quoy les amans doivent avoir plusgrant doubte ou d'estre escondis quant ilz prient leur dame. ou quant l'ottroy leur en est fait qu'ilz ne le perdent.

La damoiselle.

Sire chevalier je croy qu'ilz ont plusgrant doubte de le perdre. Car on doit plus resongnier a perdre la chose acquise que celle dont n'a aincoires eu la possession.

Le chevalier.

Damoiselle de vous convient que aincoires saches duquel vous avez plus usé en amours/ ou de semblant sans corrage/ ou de cuer sans semblant.

La damoiselle.

Sire chevalier je croy que ç'a esté de semblant sans corage. combien que ceste chose vous dy bien a regret/ mais riens ne vous puis celer/ car promis le vous ay.

Le chevalier.

Ma treshonnouree damoiselle je vous ay demandé de moult diverses demandes ausqueles moult honnestement et sagement m'avez respondu dont trop a jamais ne vous en sauroie remercier ne satisfaire en cas pareil ne en semblable. si n'ay pour tout vostre guerdon autre gaige a vous donner que mon cuer lequel je vous presente a tenir prisonnier a vostre obeissance. Et pour ce que point ne me enuie d'estre emprés vous et aussy que temps avons aincoires assez de deviser et de passer temps je vous supplie que me veuilliez aprendre et faire sage d'aucunes doutes que j'ay en mon cuer touchant les personnes des amans et que c'est d'amours.