Les cérémonies terminées, l'abbé Coquet quitte le chevet de la mourante pour s'occuper de son propre sort. «Allons, mes amis, dit le généreux martyr en s'adressant à ses bourreaux, je suis à vous. J'ai fait mon devoir, disposez de moi, je ne crains rien; mon corps peut périr, mon âme est dans les mains de Dieu.» Mais, ô surprise! ô merveilleux effet de là grâce divine! lorsque la victime croit marcher au supplice, elle devient au contraire l'objet du plus beau triomphe que puisse ambitionner le coeur d'un prêtre. Les bourreaux se taisent, les menaces sont bien loin déjà des lèvres qui les ont proférées; la haine a fait place à l'amour, l'impiété à la foi, le crime au repentir. Tous ces tigres altérés de sang qui s'élançaient naguère sur le ministre de Jésus-Christ comme sur une proie, sont là à ses pieds, renversés, comme Paul sur le chemin de Damas, par une puissance invisible, et confessant à haute voix le Dieu qu'ils osaient persécuter dans la personne de son représentant sur la terre. Le croirait-on? le chef de cette horde sanguinaire, l'organisateur de ce guet-apens était le fils même de la pieuse femme qui achevait en ce moment sa paisible et sainte agonie. Le misérable, loin d'adoucir, de consoler les derniers moments de sa mère, n'avait pas craint d'offrir en spectacle, à ses yeux qui allaient se fermer, les préparatifs d'un meurtre et du meurtre de son confesseur!...

Mais la grâce divine venait de toucher son coeur comme celui de ses complices. Les armes lui tombent des mains; à son tour il implore le pardon du prêtre qui avait vainement sollicité sa clémence. Qu'on juge de l'émotion de ce dernier. Il bénit Dieu en versant des larmes et reçoit avec une joie inexprimable ces brebis perdues qui reviennent au bercail. Puis, après avoir entendu les aveux des coupables, il fait descendre sur eux le pardon en prononçant les paroles sacramentelles, et tous ensemble redisent les bontés infinies du Dieu des chrétiens pour lequel il n'est aucun crime sans miséricorde, si le pécheur est pénétré d'un vrai repentir.

Tous se séparent alors en se disant adieu comme des frères, et le missionnaire regagne sa retraite, le coeur débordant de consolation et de reconnaissance.

[Index]

23.—LE ZÈLE RÉCOMPENSÉ.

Une personne très pieuse avait un frère, étudiant en médecine, qui s'était laissé entraîner par le torrent des mauvais exemples et avait renoncé aux pratiques de la religion.

Leur mère souffrait d'une maladie de langueur, qui la conduisait peu à peu au tombeau. Mais ce qui la désolait, c'est qu'elle se sentait impuissante à arrêter le débordement d'impiété de son fils.

La fille, qui comprenait l'étendue de la douleur de la pauvre mère, et voyait son malheureux frère courir ainsi à la damnation, s'approcha la veille de Noël du lit de la malade: «Maman, dit-elle, si je pouvais aller à minuit à la messe à Notre-Dame-des-Victoires, quelque chose me dit que l'Enfant de la crèche m'accorderait la conversion de mon frère.—Ma pauvre enfant! qui t'accompagnerait? Je n'irai jamais plus avec toi à la messe de minuit.—Eh bien! mon frère.—Ton frère! y songes-tu? lui qui éprouve une si grande horreur pour l'église, qu'aux enterrements il ne veut pas entrer et attend a la porte, espères-tu qu'il te conduirait?—J'essaierai de le décider.—Je ne demande pas mieux; mais je crains que ton éloquence comme tes caresses ne soient inutiles.