—Oui, ah!

—Chut! Il ne faut pas toucher à ces affaires-là en riant; vous le savez mieux que personne. Ma femme et moi, nous avons communié ce matin, et bien communié tous deux, je vous le certifie. Ainsi, vous aviez raison, monsieur; en me quittant sur la place Saint-Sulpice, il y a cinq semaines, vous prophétisiez. Oh! j'entends encore votre dernière parole: «Jean, je vous prédis que vous serez un jour un solide et fier chrétien!» Je le suis! mes enfants le seront comme leur père!

Nous causons encore un moment, aussi attendris l'un que l'autre, puis il me dit:

—Eh bien, monsieur, à demain donc.

Le lendemain, j'assistai à la messe du mariage. Il y avait peu de monde: une dizaine de personnes et cinq ou six enfants. Je faisais, avec tout le soin possible, honneur aux mariés par l'aristocratie de ma mise. Pour la première fois et la seule fois de ma vie, je regrettai de n'avoir pas un ruban rouge et une croix à ma boutonnière!

Après la messe, j'allai faire ma visite aux nouveaux époux dans la sacristie. On m'attendait évidemment. Je fus salué comme ne le fut jamais un personnage d'importance: les enfants surtout me regardaient d'un air de vénération très amusant.

Mais voici Jean en habit noir, bien ganté, bien cravaté, chaussure parfaite, une physionomie tellement digne, que j'hésitais à le reconnaître.

Je lui serrai la main en ami, et je voulus faire un petit discours affectueux, un petit compliment d'homme du monde et de chrétien.

Notre émotion dura bien deux à trois minutes, après quoi chacun rentra en possession de sa liberté d'esprit. J'ai pu dire à ces braves gens...

Eh! qu'importe ce que j'ai dit et comment cela finit! Et si j'acceptai d'être un convive de la noce! Et ce que Jean a fait depuis! Il est converti, voilà tout!