Les voici tous les deux auprès du malade... Il ne s'agite plus, il ne se tord plus sur son lit... Son visage n'est plus enflammé, ses yeux ne lancent plus d'éclairs, sa bouche ne blasphème plus. À demi assis sur sa couche, il a les yeux fixés sur une image qu'il tient dans une de ses larges mains; de l'autre, il essuie la sueur froide qui ruisselle sur son visage... Sa préoccupation est telle qu'il n'entend ni ne voit le prêtre et la Soeur arrivés près de lui... Enfin l'inconnu, levant les yeux, eut comme un sourire de reconnaissance sur ses lèvres, qui, la veille, ne proféraient que malédictions et blasphèmes; et, d'une voix presque douce, il demanda:

—Qui a attaché cette image au rideau de mon lit?

—C'est moi, répondit l'abbé.

—Est-ce que vous me connaissez?

—Aucunement.

—Pourquoi donc avez-vous mis près de moi l'image de saint Stanislas?

—Parce que j'ai grande confiance en lui.

—Ah!... vous n'avez pas eu d'autres raisons?... C'est que moi, ajouta-t-il en passant sa main sur son front, c'est que moi aussi... j'ai aimé ce nom... je l'aime encore...

À ces mots, l'inconnu porta l'image à ses lèvres: des pleurs jaillirent de ses yeux, sa bouche s'entr'ouvrit. «Mon Dieu! proféra-t-il, mon Dieu!...»

Et ses convulsions de la nuit le reprirent. Moins violentes que celles de la veille, elles ne durèrent pas longtemps. Lorsqu'il fut redevenu plus calme, il se mit à parler, mais comme à lui-même; quoique ses yeux fussent grands ouverts, il avait l'air de ne voir personne. «C'est étrange, disait-il, ce nom que je ne prononce plus... je le trouve ici, sur cette image... et attaché à mon lit... Quand ce prêtre a donné la communion... j'ai pu le regarder... j'ai fixé mes yeux sur les siens...; ils ressemblent à ceux que j'ai tant fait pleurer!... Hier, j'ai blasphémé contre lui... Lui et sa robe noire me faisaient horreur!... Un tel changement s'est opéré en moi pendant sa messe, que, si je le revoyais à présent, je le bénirais.»