Et il courut chez le chapelain, qui lui ordonna de réveiller immédiatement son maître; mais l'évêque n'était pas dans sa chambre a coucher. Le domestique, qui avait vieilli à son service, l'alla chercher à la chapelle, où il savait qu'il passait en prières une partie des nuits. Il le trouva, en effet, plongé dans de pieuses méditations devant l'image de Jésus crucifié.
Dès que le bon évoque connut l'appel du malade, il s'écria avec une sainte joie:
«Combien je vous remercie, mon Dieu, d'avoir exaucé ma prière!»
Et immédiatement il se mit en route, traversa à pas pressés les rues étroites et sombres, monta rapidement l'escalier et vint s'asseoir au chevet du mourant, qui le reçut avec des larmes brûlantes de repentir, et avec une profonde émotion lui parla ainsi:
«La nuit était venue, et j'avais déjà passé plusieurs heures sans sommeil sur mon lit de douleur, lorsque tout à coup mon coeur a éprouvé une inquiétude que je n'avais ressentie de ma vie. J'avais compris quel affreux danger planait sur mon âme; j'ai reconnu mes graves offenses envers Dieu, et, en voyant combien il a toujours été miséricordieux pour moi, j'ai été épouvanté du sort qui m'attendait si je paraissais en cet état devant le souverain Juge qui voit et qui sait tout. J'ai songé alors à ma mère, qui en mourant m'a recommandé à la protection de la bienheureuse Vierge Marie. Je me suis adressé à cette Mère céleste, implorant sa protection auprès de son cher Fils, et bientôt j'ai senti la consolation entrer dans mon coeur. Ma femme m'a rappelé aussitôt votre promesse de m'assister dans ce danger de mon âme et dans le péril de la mort...»
Le malade ne put continuer; il retomba épuisé sur son lit, en proie à un profond évanouissement. Dès qu'il eut repris l'usage de ses sens, il déposa dans le coeur de l'évoque une humble confession générale, et attendit avec impatience ce moment heureux dont il avait été si longtemps privé, où lui fut présenté le Pain céleste qui remplit son âme d'une paix inexprimable. Il murmura d'une voix déjà presque éteinte:
«Ô Dieu! qui as fait pour moi de si grandes choses, sois aussi miséricordieux pour ma pauvre âme que tu le fus sur la croix pour le bon larron repentant.»
Le lendemain, sa lutte avec la mort et la douleur avait cessé: il était passé à une vie meilleure. Le jour de la conversion de cet homme dut être le plus beau jour de la vie d'un évoque; car il ne saurait y avoir ici-bas de plus grande joie que la pensée d'avoir ramené un pécheur à Dieu.
Et ainsi, en cette circonstance décisive pour le bonheur éternel d'une âme, ce bonheur fut double; c'est là le propre de toutes les oeuvres de miséricorde: elles sont la joie de ceux qui les accomplissent et de ceux qui en sont l'objet.