Cette unanimité, que M. Chapleau a fait connaître plus tard (le vendredi 13), aux députés réunis à Montréal, est un fait aussi grave que douloureux.
Car elle prouve que les trois ministres canadiens-français ne s'étaient pas bornés à la faiblesse de subir la loi du plus fort, et à l'insigne lâcheté de conserver leur place dans un gouvernement que déclarait la guerre à leur nationalité.
Leur rôle n'avait pas été seulement passif. Leur complicité avait été agissante.
A la question de savoir si Louis Riel serait pendu, MM. Langevin, Chapleau et Caron avaient répondu: OUI.
On sait maintenant sous l'influence de quels motifs cette odieuse décision a été prise.
D'une part, Sir John A. Macdonald avait décidé que Riel paierait de sa tête le crime d'avoir révélé au monde les infamies de l'administration du Nord-Ouest, et il mettait maintien de cette résolution une obstination sénile.
D'autre part, M. Mackenzie Bowell, l'ex-grand maître des orangistes, était revenu, il y a environ un mois, d'un voyage auprès de ses constituants. D'après des informations de source sûre, il aurait été très sérieusement effrayé de leur disposition d'esprit; et à son retour, il aurait dit à Sir John A. Macdonald qu'il fallait à tout prix satisfaire les orangistes ou renoncer à leurs concours.
On peut considérer les renseignements de M. Mackenzie Bowell, comme ayant eu un considérable et pernicieuse influence sur l'issue fatale du drame de Regina.
Mais il ne suffisait pas de faire mourir un prisonnier désarmé et sans défense; il fallait s'occuper de prévenir dans le Canada français et notamment à Montréal les effets de la fureur populaire.
Que le gouvernement ne dise pas qu'il ignorait les véritables sentiments de la population canadienne. Il se trompait, sans doute, sur la possibilité de remonter le courant; mais il était informé d'une façon si exacte de l'existence de ce courant, qu'il avait pris des mesures pour détourner l'attention et pour diriger d'un autre côté la colère du peuple.